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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/444

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On croit ouïr, avec un frisson d’épouvante,
Les hymnes frémissans de guerriers valeureux
Lançant une menace à d’invisibles preux,
Et que l’écorce vêt d’une armure vivante.

O verbe triomphal ! ô tumulte soudain,
Dans le prodigieux balancement des cimes !
O transports éperdus ! ô colères sublimes !
O rythmes ruisselans d’implacable dédain !

Ce langage incompris de géans d’un autre âge,
Qui, très loin, s’atténue en râles endormeurs,
Jaillit de la futaie aux puissantes rumeurs
Qu’une parole offense et qu’un regard outrage.

Puis l’aquilon fléchit, moins brutal, moins amer,
Et la majestueuse et plaintive assemblée,
Que la rafale avait quelques heures troublée,
S’apaise lentement, ainsi que fait la mer.

Les hêtres fabuleux gonflés de noble sève,
D’une vie héroïque et saine débordans,
Les vénérables troncs chargés de mousse et d’ans
Retrouvent l’attitude ancienne et l’ancien rêve.

Et tous, pleins d’harmonie et de sérénité,
Méditent, recueillis, de l’aube au crépuscule ;
Et la hache cynique elle-même recule
Devant leur pied auguste et leur front redouté.


LA ROCHE


La roche épique est là depuis quatre mille ans ;
Plus peut-être. Les soirs pourprés et rutilans,
Les aubes candides et pâles
Ont tour à tour criblé, parmi les troncs virils,
Ce corps prodigieux, de rubis, de béryls,
Dors, d’améthystes et d’opales