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Des premiers, il se rallie aux théories de Harvey sur la circulation du sang, et justement préoccupé, d’autre part, des avantages d’une bonne hygiène, il s’intéresse vivement aux recherches du médecin Cornaro sur la nourriture et il s’empresse de se faire envoyer aussitôt qu’ils ont paru ses livres : la Vita Sobria et de Salubri Potu. Un de ses correspondans lui ayant parlé d’une espèce d’animaux qu’on trouve aux Indes Hollandaises et « qui sont le tiers entre l’homme et le singe, » sans le contredire, il voudrait que « cette relation qui en a été faite fût bien appuyée. » De même, il n’ajoute pas grande confiance à tout ce qui se dit de l’extrême longévité de certains vieillards ; il se plaint des légendes qui ont cours à ce sujet et de la difficulté qu’on a souvent de découvrir la vérité sur ce point.

En tout, il a besoin d’un terrain solide et, avant d’admettre un fait qui lui paraît douteux, il demande qu’on le contrôle avec soin. Aussi déplore-t-il les récits fantaisistes faits par les voyageurs et les fables accréditées par eux sur la faune et la flore des pays lointains qu’ils ont visités. Il estime d’ailleurs que la réalité est encore plus curieuse et plus intéressante que toutes leurs inventions. Quand des occasions s’offrent à lui de bien connaître des animaux alors assez rares et qu’on lui envoie d’Asie ou d’Afrique : des tortues, des crocodiles, une gazelle, etc., il observe de près leurs habitudes et leur structure. Par deux fois, il a reçu des caméléons venant des côtes barbaresques ; plusieurs sont morts en route et ceux qui restent lui arrivent en assez piteux état. Il s’ingénie « à les ravigourer par un repas de cinq à six douzaines de vers de farine et de deux douzaines de sauterelles ; » il étudie leurs mouvemens, leurs changeantes colorations dont il cherche à déterminer les causes et, quand ils sont morts, il les dissèque lui-même pour bien connaître leur conformation. Une autre fois, des ossemens de grande dimension lui ayant été adressés comme provenant d’une race de géans qui peuplait l’Afrique, il n’est pas longtemps à découvrir que ce sont là des fragmens de squelettes d’éléphans. Il attire lui-même à Belgentier un éléphant qui, amené d’Italie, passait dans le voisinage. Sa présence fait le bonheur de Peiresc et pendant trois jours qu’il le garde, « il le considère bien à son aise et avec grand plaisir, ne l’ayant pas laissé dépayser qu’il ne l’eût fait peser contre quelques six-vingt boulets de canon. » A son départ, l’animal connaît déjà, aussi bien que son gouverneur, son hôte qui, enhardi peu à