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et l’appelèrent Kotodama, la parole merveilleuse. La science moderne n’a point décidé s’ils étaient venus de la Mongolie par la Corée ou de la Malaisie par Formose. Une ingénieuse hypothèse attribue à ces adorateurs des Kami la douteuse paternité de Cham, fils de Noé. On relève dans leurs plus anciennes coutumes des calques surprenans de la loi mosaïque. Les Basques ont compté avec stupeur soixante mots japonais qu’ils entendent parfaitement pour les avoir parlés depuis leur berceau des Monts Ourals, ce qui, au regard des philologues, signifie moins que rien. On découvre à Tokyo des souterrains remplis d’armes, d’ustensiles, de vases malais. Les symboles du shintoïsme se retrouvent en Corée. Les curieux se demandent quels pèlerins déposèrent ces coquilles sur les collines du grand Nippon. Le problème importe peu. Il nous suffit de savoir que des espèces de Huns et des espèces de Malais envahirent l’archipel japonais quelques siècles avant notre ère et que, peu à peu, ils en dépossédèrent des espèces d’esquimaux poilus, les Aïnos, qui, selon toute probabilité, en avaient eux-mêmes exterminé les aborigènes, habitans des cavernes.

Le monde fabuleux où le Japon volcanique mêle les souvenirs de la conquête à ceux des éruptions, grandit les uns de l’horreur des autres et prête à ses héros le panache de ses cratères, n’est que l’ombre démesurée d’une féodalité primitive qui s’organise lentement et que, lentement aussi, des chefs plus adroits et plus forts déciment jusqu’à la reconnaissance du pouvoir impérial. Quand, du IVe au VIe siècle de notre ère, la civilisation chinoise déborde sur l’archipel, elle y trouve une société régulière, un souverain dont la divinité est solidement établie, des dieux qui tiennent à la terre, qui sont la terre elle-même dans tout ce qu’elle enfante de gracieux et de terrible. L’influence d’un ciel tempéré et d’horizons harmonieux commence à donner aux âpres vertus guerrières le premier duvet de la courtoisie. Je ne sais quelle simplesse native, dont l’orgueil et l’amour des armes n’ont point dépouillé ces insulaires, n’attend qu’une brise plus tiède pour mûrir en sociabilité.

Mais, livrés à eux-mêmes, à la seule fortune de leur âme, ils trahissent une indigence de pensée, une pénurie d’inventions d’où l’on ne saurait tirer des pressentimens de grandeur. L’état misérable des Aïnos ne leur a rien offert qui pût les enrichir. Les Japonais ont tué plus pauvres qu’eux. Au IVe siècle, ils ignorent l’écriture. Mais ils ont probablement dès cette époque fixé à