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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/341

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Voyage au Japon


III. PERES ET ENFANS [1]


Le 10 avril 1898 Tokyo célébra l’anniversaire de son avènement au rang de capitale. Il y avait juste trente ans que l’Empereur, persuadé par ses ministres, avait quitté, au milieu des larmes de ses sujets, son antique résidence de Kyoto, et, après une installation provisoire à Osaka dont le séjour ne satisfit point ses conseillers, s’était fixé définitivement dans la cité des shoguns vaincus. L’ancien Yedo, l’orgueilleuse ville d’où ces Maires du Palais avaient durant deux siècles et demi dicté respectueusement leurs ordres inflexibles au monarque déchu mais toujours vénéré, prit alors le nom de Tokyo et devint le Saint-Pétersbourg du Japon, tandis que Kyoto, désaffecté et décoloré, si charmant encore sous sa couronne de forêts, de jardins, de collines et de temples bouddhistes, retombait au silence des villes léthargiques, et, des merveilles du temps passé, ne gardait que la politesse, les belles manières, l’amour d’aimer, la joie des danses, ses dieux ombragés, ses palais vides et ce parfum d’âmes mortes qu’exhalent les vieux sanctuaires.

On avait décidé de fêter la trentième année de l’ère nouvelle. Un comité s’était organisé avec l’assentiment de la Cour ;

  1. Voyez la Revue des 15 décembre 1899 et 15 janvier 1900.