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pour l’archiduc Charles, qui était un des prétendans à la succession d’Espagne. Mais, par ces avances, il ne parvenait pas plus à désarmer la rancune de Léopold que celle de Guillaume, et, tenu en une égale méfiance par tous les souverains de l’Europe, il exhalait publiquement une mauvaise humeur qu’on attribuait, mandait Briord, au « peu de part qu’il avoit dans ce qu’on publie et qui regardoit la succession de la couronne d’Espagne. »

Comme pour mieux faire sentir à Victor-Amédée son isolement, Louis XIV prit même un parti singulier : ce fut de rappeler Briord, qu’il envoya à la Haye. Du mois de décembre 1699 au mois de mai de l’année suivante, la France ne fut représentée à Turin que par des secrétaires chargés de l’expédition des affaires, mais par lesquels rien d’important ne passait. Il était impossible de témoigner plus ouvertement à Victor-Amédée le parti pris de le tenir en dehors de tous les arrangemens et remaniemens qui se préparaient alors en Europe. La blessure faite à son amour-propre dut être profonde. Il n’était pas d’humeur à prendre son parti de cette mise en quarantaine, et, comme on ne pouvait l’empêcher de conserver un ambassadeur en France, nous allons le voir faire tous ses efforts pour pénétrer par ce canal au cœur de la place dont on veut l’exclure.


III

Le marquis de Ferreiro, le premier ambassadeur de Victor-Amédée à Versailles dont nous avons raconté tout à l’heure la réception officielle, était un vieux diplomate, un peu usé, en qui Victor-Amédée paraît avoir eu une médiocre confiance, car les dépêches qu’il lui adresse, et dont nous avons pu consulter les originaux aux archives de Turin, ne contiennent rien d’intéressant. Au mois de juin 1699, Ferreiro avait été remplacé par le comte de Vernon. Le lecteur se souvient peut-être d’avoir déjà rencontré ce dernier comme maître des cérémonies du duc de Savoie au moment du voyage de la duchesse de Bourgogne de Turin à Fontainebleau, et de l’avoir vu dénouer heureusement, avec Desgranges ou avec Dangeau, de graves questions d’étiquette. Ce fut sans doute la souplesse d’esprit dont Vernon avait fait preuve qui détermina Victor-Amédée à le choisir pour son [1]

  1. Aff. étrang., Corresp. Turin, vol. 101. Briard au Roi, 21 oct. 1699.