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Quelques semaines plus tard, M. Clochette, déjà fort éprouvé par un long séjour en Abyssinie, fut mortellement atteint par les rigueurs du climat, et son escorte, liée par contrat personnel envers lui, faisait, selon la coutume nègre, les plus grandes difficultés pour se laisser ranger sous un nouveau chef, M. de Bonchamp. Celui-ci, à mesure qu’il s’éloignait des hauts plateaux pour s’avancer dans les plaines torrides et les marais, voyait chevaux ou mulets périr et convoyeurs succomber à la fièvre ; il dut par deux fois s’arrêter pour rallier ou renouveler son monde et remonter son convoi, abandonner une partie de ses bagages pour alléger sa marche, et, malgré des prodiges d’énergie, renoncer, au début de 1898, à atteindre Nasser, sur le Sobat, pour rentrer, épuisé de fatigue, au Choa [1].

Même échec pour les Abyssins eux-mêmes : les ardeurs du soleil et les pestilences de la rive droite du Nil sont peut-être plus inclémentes encore aux montagnards d’Ethiopie qu’aux Européens : les nombreux et importans corps de troupes envoyés, successivement, par Ménélik sur divers points de la région occidentale de son empire pour en prendre possession, virent, eux aussi, fondre leurs effectifs en hommes et animaux sans pouvoir avancer jusqu’au terme qui leur avait été assigné. Sur les deux rives du Nil, la nature avait donc travaillé contre les efforts combinés de la politique française : à gauche, l’ouverture prématurée de la saison sèche et la baisse des eaux du Bahr-el-Ghazal n’avaient pas permis au Faidherbe d’aller planter le drapeau tricolore à Fachoda dès l’automne de 1897 ; à droite, le paludisme avait rendu les trois cents lieues qui séparent la Mer-Bouge du Nil plus infranchissables que les sept cents parcourues par M. Marchand en venant du Congo.

Dans l’intervalle, M. Lagarde, qui était revenu à Addis-Abbaba pour y déjouer quelques manœuvres rivales, avait recueilli les informations les plus fâcheuses sur les dispositions des derviches : très désireux d’avoir de bons rapports avec Ménélik, ils se refusaient cependant à écouter ses sollicitations réitérées de faire bon accueil aux « blancs qui pourraient venir de l’Ouest ; » exaspérés par leur lutte contre les Anglais, ils englobaient dans une même

  1. On ne le sut à Paris qu’à la mi-avril.