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ANNIBAL CARRACHE.

qu’il eut mis la dernière main à la décoration de la Galerie ; il demeura au palais Farnèse comme par le passé. Loin de refuser des travaux qui auraient pu ajouter à sa gloire, il exécute toutes les commandes ; ne va-t-il pas jusqu’à restaurer un tableau de Titien ! Cette attitude démontre bien que, s’il éprouva une déception, le déplaisir fut passager, et que, s’il fut offensé dans sa dignité, son ressentiment ne lui conseilla aucune démarche décisive. Ce ne fut pas le traitement indigne du cardinal Farnèse qui le conduisit au tombeau, mais la goutte et l’hypocondrie. Il est consolant de constater que le dernier des grands cardinaux Farnèse n’a pas terni la gloire de sa maison et la sienne propre, par un trait odieux d’avarice. Il y avait alors, entre un prince de l’Église de maison souveraine et un peintre quelque distingué qu’il fût, une distance incommensurable ; néanmoins, on apprend avec plaisir que le grand seigneur n’était pas tout à fait indifférent au sort de l’artiste. On a calomnié Odoardo en le peignant sous les tristes couleurs de la dureté et de l’ingratitude ; ce n’est pas la première fois que la malignité publique, s’emparant d’un simple incident, l’a transformé en un événement considérable. Annibal mourut malheureux ; mais ses misères dérivent de l’humaine fragilité. Il s’éteignit doucement le 16 juillet 1609. Les Romains reconnaissais lui réservèrent une sépulture dans le Panthéon d’Adrien ; il y dort depuis près de trois cents ans, à quelques pas de son inoubliable devancier, Raphaël Santi.

Ferdinand de Navenne.