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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/190

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REVUE DES DEUX MONDES.

avant tient le fruit qui doit engendrer tant de discordes. Ces deux peintures remplissent à merveille leur rôle décoratif, en jetant des deux côtés de la Bacchanale une note apaisée ; mais elles présentent un mérite intrinsèque fort inégal. Le Pan ne retient l’attention par aucune qualité spéciale. Il en est tout autrement du Pâris et Mercure. Sans parler de la figure du berger dont les traits rendent bien la beauté idéale départie au séduisant ravisseur d’Hélène, le paysage baigne dans une atmosphère d’une admirable transparence. La lumière, filtrant à travers des nuages vaporeux qui voilent à demi l’azur, se répand sur la campagne en la parant de colorations d’une douceur infinie où le violet domine. Dans ce jour déclinant, les lointains se détachent avec une grande netteté, comme il arrive dans le voisinage des montagnes italiennes, où l’air est, à certaines heures, merveilleusement limpide.

Aux deux extrémités opposées du plafond, le peintre a voulu donner au spectateur l’illusion d’une voûte supérieure pleine d’ombre où le regard va se perdre ; mais afin d’atténuer un contraste trop brusque, il a placé en avant, et d’une façon assez arbitraire d’ailleurs, un petit tableau qui représente, d’un côté, le Rapt de Ganymède et de l’autre Apollon et Hyacinthe avec des satyres assis sur la corniche.

D’unanimes applaudissemens accueillirent l’inauguration de la Galerie. Les envieux durent dissimuler leur déconvenue. La renommée de Carrache, confinée jusqu’alors dans l’enceinte de Bologne et des villes voisines, franchit ces étroites limites et se répandit au loin. Des pays étrangers on vint étudier ses ouvrages. Il serait facile d’établir, pièces en main, l’influence directe des peintures du palais Farnèse sur l’art français au XVIIe siècle. Resterait à décider si cette action a été salutaire ou nuisible au développement de notre génie national. Ce sont des digressions qui n’ont pas leur place ici. Cependant, la réaction, comme en toutes choses ici-bas, a fini par se faire jour. À un engouement excessif a succédé un dédain qui ne l’est pas moins. S’il fallait adopter le sentiment qui l’emporte à l’heure actuelle, on serait tenté de reléguer l’œuvre entière d’Annibal parmi les vieilleries démodées. Mais les historiens, comme les philosophes, savent le cas qu’il faut faire des jugemens portés par une génération sur ses devancières. Le procès que l’on a intenté de nos jours, à l’école de Bologne est, avant tout, un procès de tendance. Ce n’est pas par l’examen des pièces qu’on procède : on prononce sous l’impulsion d’une idée préconçue.