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jouer un rôle dans la décoration, ce ne sera plus qu’un rôle accessoire ou plutôt relatif et subordonné ; les saillies n’existeront plus désormais qu’en apparence, les enfoncemens ne seront que des trompe-l’œil. Annibal imagina d’abord une sorte de frise architectonique ayant pour objet visible de soutenir la voûte proprement dite. À cet effet, il créa des pilastres, agrémentés de cariatides, et des statues de pierre, entre lesquels alternent symétriquement des tableaux coloriés et des médaillons monochromes imitant le bronze verdâtre. Des ignudi, assis au pied des pilastres, accompagnent ces compositions. Quant au plafond, il se trouve partagé par de fortes arcades qui donnent naissance à des compartimens de dimensions et de formes variées. Dans les angles se détachent sur un coin du ciel des enfans ailés, groupés deux par deux.

Cette distribution de l’espace est bien conçue, logique, conduite avec maestria. Si Annibal s’en était tenu là, il aurait créé un monument vraiment grandiose, mais il redouta la monotonie que pouvait engendrer, selon lui, l’alternance trop régulière et trop répétée des tableaux et des médaillons de la base. Peut-être essaya-t-il d’échapper au reproche que des critiques sévères ont adressé à Michel-Ange relativement aux compartimens de la Sixtine. Pour éviter un mal, il tomba dans un pire. Les quatre tableaux encadrés d’or qui sont censés appuyés sur la corniche, en dépit de la courbure de la voûte, et qui ne se rattachent par aucun lien naturel avec l’ordonnance architectonique environnante, ne peuvent être considérés que comme des hors-d’œuvre. Sans doute ils apportent dans l’ensemble une variété qui enchantait Bellori et les auteurs du temps, mais, quand on songe que cette variété n’est intervenue qu’aux dépens du bon sens, on ne saurait la justifier. Du moment qu’Annibal s’était arrêté à une conception où le rôle de l’architecture était prépondérant, il devait s’y tenir coûte que coûte et rester dans la vraisemblance tout au moins, sinon dans la vérité stricte.

Les peintures qui jaillissent au-dessus de la corniche et se répandent sur toute la surface de la voûte, composent un long poème dont les chants variés et symétriques se déroulent en un rythme puissant. Ce sont des variations multiples sur le thème fécond de la fable. Rares sont de nos jours les visiteurs capables de déchiffrer sans le secours d’un guide cette vieille symphonie restée si jeune et si fraîche sous les caresses du soleil méridional, tant la mythologie est sortie du cadre de l’éducation contempo-