Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/179

Cette page n’a pas encore été corrigée
175
ANNIBAL CARRACHE.

haut que large. Le dessin de Lille contient donc un enseignement ; il prouve qu’Annibal avait déjà arrêté le sujet et la trame de ses compositions picturales avant d’avoir fixé l’importance relative des compartimens. Dans son esprit, les détails prenaient corps concurremment avec le plan général. C’est un point curieux à noter.

Lorsque Annibal entra au service du cardinal Farnèse, la salle qui devait devenir la galleria était probablement déjà construite, avec sa voûte en berceau, ses trois fenêtres et ses trois portes[1]. Il dut constater, non sans surprise, que la fenêtre centrale et la porte d’entrée qui lui fait face n’étaient pas exactement percées au milieu de la paroi, disposition qui laisse de chaque côté des espaces inégaux. Ce défaut, Carrache parvint à le dissimuler si heureusement que, parmi les visiteurs, il en est bien peu qui s’aperçoivent de cette légère altération de la symétrie.

Le peintre commença par séparer idéalement la décoration en deux sections distinctes dont la grande corniche marque la frontière. Dans la partie inférieure, la peinture ne joue qu’un rôle accessoire ; elle envahit tout dans la sphère supérieure.

On pourrait à la rigueur reprocher cette disposition au Bolonais, les peintures étant infiniment mieux placées sur une paroi latérale que dans une voûte. Mais, depuis que Michel-Ange avait peint la voûte de la Sixtine et que Corrège avait couvert de ses fresques la coupole de la cathédrale de Parme, l’usage avait prévalu et on se plaisait à gratifier les églises et les palais d’un genre de décoration qui ne semble convenir qu’à un fumoir pourvu de fauteuils à bascule ou de divans à l’orientale.

À hauteur d’appui, en guise de cymaise, règne une grecque qui fait le tour de la salle. Elle sert, sur les deux faces principales, de soubassement à des pilastres dorés d’ordre corinthien, sur lesquels repose la grande corniche. Entre ces pilastres, s’enfoncent des niches, au nombre de dix, encadrées par des oves et des motifs d’or qui se détachent harmonieusement sur le fond blanc. Les statues en pied, mises par le cardinal à la disposition de Carrache et dont les belles gravures de de Aquila nous ont conservé les silhouettes, trouvèrent place dans les niches. Comme on le voit, ces niches avaient été créées pour les marbres et non les marbres sculptés pour les niches, ce qui est généralement le cas.

  1. Cette salle a 20m,14 de longueur sur une largeur de 6m,20.