Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/172

Cette page n’a pas encore été corrigée
168
REVUE DES DEUX MONDES.

Il y avait alors, parmi les beaux esprits de Rome, un Mgr Agucchi, frère de cardinal. Son savoir était réputé quasi universel ; il faisait profession d’adorer les arts ; il était de Bologne. Voilà bien des raisons pour qu’il étendît sa protection sur Annibal. Ce fut peut-être lui qui ménagea la faveur de Farnèse au peintre romagnol. Bellori veut qu’Agucchi ait participé par ses conseils à la décoration du cabinet, du camerino, comme on disait à Rome, — mais il ne dit pas si Carrache sollicita cette collaboration morale ou si elle lui fut imposée. Le camerino est une pièce de moyenne grandeur (9m,40 sur 4m,80) éclairée par deux fenêtres qui donnent sur la cour d’honneur. Il est baigné par une lumière discrète, sauf le matin, dans la belle saison, quand le soleil vient le visiter. Le peintre trouva probablement la voûte ordonnée telle que nous la voyons encore aujourd’hui : c’est un berceau terminé, au-dessus des portes et des fenêtres, par des ogives en bonnets d’évêque qui, à leur tour, engendrent des lunettes. Le peintre entreprit de décorer toute la partie de la voûte qui s’élève au-dessus de la corniche.

Annibal divisa l’espace en un grand nombre de compartimens inégaux et de formes variées, séparés les uns des autres par des cadres de stuc doré. Les plus grands furent réservés, comme de raison, aux compositions scéniques. Au centre de la voûte est un compartiment rectangulaire flanqué de deux ovales, puis deux grandes lunettes se faisant vis-à-vis aux deux extrémités de la chambre, enfin quatre lunettes plus petites au-dessus des portes latérales et des fenêtres. Les autres espaces sont remplis par des stucs simulés en grisaille. Avec des arabesques et des rinceaux, paraissent des amours, des satyres et, aux angles, les quatre vertus cardinales : la Prudence, la Force, la Justice et la Tempérance, attributs naturels d’un prince de l’Église de maison souveraine. Enfin, dans des médaillons, le peintre exposa les lys de la maison Farnèse et d’autres figures allégoriques.

Les trois tableaux principaux sont consacrés à la légende d’Hercule. Par exception, celui du centre est peint à l’huile et sur toile. Le héros est assis sur un rocher ; il s’appuie sur la massue, dans une attitude méditative. À droite, une femme, chastement drapée, lui montre d’un geste le chemin qui, par un âpre escarpement, conduit à la cime où Pégase apparaît ; une seconde femme à gauche, demi-vêtue et vue de dos, étend le bras vers une prairie riante, séjour de la douce volupté. Un