Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/16

Cette page n’a pas encore été corrigée


|2 re l 1- DES DEUX MONDES.

— Moi, déclara Tonia, je ne prends aucune responsabilité... Je laisse tout sur le dos de ces messieurs... Il est très vrai que c’est fou de prendre un chemin quatre fois plus long pour gagner demain Sainte-Anne-la-Palud, mais, si nous restons ici, que d’histoires ! ,.. Tout l’hôtel nous jettera la pierre.

— Nous n’avons pas à nous inquiéter de l’opinion des bourgeois de l’hôtel, observa Rivoalen ; quant à M. et à M me Pontal, nous pouvons les prévenir au moyen d’un télégramme.

— Parfait ! s exclama Salbris en jetant un regard très tendre à Lucile, la voilà, l’aventure rêvée !... Rivoalen va immédiatement retenir nos chambres ; quant à moi, je cours au télégraphe pour rassurer votre famille, et je vous rejoindrai à la gare... Dix minutes plus tard, il expédiait à Morgat une dépêche, rédigée dans le style plaisant dont il était coutumier : « M. Pontal, Grand-Hôtel Morgat, par Grozon. Décidés à rater bateau ce soir. Partons pour Audierne. Irons directement à Sainte-Anne, où nous arriverons pieusement, bourdon en main, à midi.

Salbris. »

Il atteignit la gare juste au moment où le train donnait le signal du départ :

— Ça y est ! annonça-t-il joyeusement à ses compagnons, mon télégramme, en ce moment, court vers Morgat, et maintenant nous voilà libres comme l’air !...

A cette même heure, M me Pontal courait aussi, ou plutôt voguait vers le Grand-Hôtel de Morgat. Ayant quitté Brest à dix h< ures, elle était languissamment assise sur un pliant, à bord du petit vapeur qui fait le service du Fret. Le front nuageux, « l’œil morne et la tète baissée, » comme les chevaux d’Hippolyte, elle repensait avec dépit au tour qu’on lui avait joué en l’appelant à Brest ; elle revoyait la salle aux trois quarts vide ; elle entendait encore les sifflets qui avaient accueilli son discours sur les droits de la femme. La conférence avait été un four noir. Aussi, quand, I "...11, le break la déposa devant l’hôtel, son humeur et ses nerfs étaient-ils grièvement exaspérés. Elle gravit l’escalier de la terrasse, aperçut M. Pontal et Paulette occupés à lire un télégramme et s’écria rageusement :

— Où sont Tonia et Lucile ?

— Mais, ma bonne amie, à la pointe du Raz, avec MM. Ri-