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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/159

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et continuant d’affecter de l’être ; elle l’était, n’étant en son fond qu’un drame de La Chaussée et gardant allure et titre de drame historique.

Aventure toute pareille pourrait arriver au roman historique que nous avons vu qui a avec la tragédie tant de rapports. Il n’est pas genre faux en lui-même ou plutôt il n’est pas genre plus faux qu’un autre ; mais il le deviendrait manifestement, ce qui est le point et le point grave, s’il était historique à la manière de la tragédie de Racine et surtout à la manière de la tragédie du XVIIIe siècle, et encore même s’il l’était à la manière du roman historique du commencement du XIXe siècle.

Car il y a deux choses encore qui ne sont pas la même chose. Il y a la fameuse « couleur locale, » disons couleur historique, pour parler plus net ; et il y a les mœurs. Or les romanciers de l’école de Walter Scott et les dramatistes qui s’inspirèrent de lui vers 1820, virent très bien l’absence d’élément historique dans la tragédie du XVIIIe siècle et aussi, quoique moindre, dans le roman historique du même temps, et voir cela était déjà quelque chose ; mais ils s’avisèrent de combler ce vide, non pas avec une solide étude des mœurs des différens temps ; mais simplement avec cette « couleur locale » dont ils étaient si fiers. Or la couleur locale n’est pas pour combler un vide, elle est pour colorer des surfaces ; elle est essentiellement superficielle. Elle est faite de costumes, de gestes, de formules de style, de menus habitudes et usages cl d’architecture et d’ameublement. Elle n’est point méprisable ; mais elle est extraordinairement insuffisante. Elle est même dangereuse en ce qu’elle nous met en goût de mœurs du temps, sans satisfaire ce goût qu’elle fait naître et qu’elle excite. Ces hommes qui sont habillés si différemment de nous, qui ont d’autres manières et d’autres attitudes, qui circulent parmi des meubles et dans des habitations si différens des nôtres, qui mettent tant de soin à parler une autre langue que celle dont nous usons, nous voudrions bien savoir en quoi foncièrement ils diffèrent de nous. Nous trouvons tout naturel qu’ils aient les mûmes passions et les mêmes sentimens ; c’est cela que nous savons très bien qui est éternel ; mais des tours d’idées différens, des préjugés différens, des procédés différens dans le commerce des hommes entre eux, des manières différentes d’exprimer, d’avouer aux autres ou à soi-même ou de dissimuler à soi-même ou aux autres les passions éternelles, un point d’honneur différent, et, nonobstant que la