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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/133

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traître fut proclamé prince de Kandy avec la complicité du général anglais, qui s’en retourna à Colombo, en commettant l’imprudence de ne laisser à Kandy que 300 Anglais et 700 Malais.

Après avoir trahi son roi, l’Adigar devait trahir les Anglais. Non content de la régence, il ambitionnait la couronne, et il n’était pas homme à reculer devant un coup d’audace. S’emparer de la personne du gouverneur, exterminer la garnison anglaise, déjà décimée par les fièvres, faire périr les deux rois rivaux et fonder une nouvelle dynastie, tel était son plan. Le gouverneur, qui devait être appréhendé au cours d’une entrevue avec l’Adigar, dut son salut à l’arrivée inopinée d’un détachement de 300 Malais ; mais le massacre de la garnison fut exécuté de point en point. Tandis que les hôpitaux regorgeaient de malades, des milliers d’indigènes armés fondirent des collines voisines sur la petite garnison composée d’une poignée d’Européens et de 400 Malais, sous les ordres du major Davie, officier incapable et inexpérimenté. Tous ceux qui ne furent pas tués dans le combat furent faits prisonniers, et menés ensuite, deux à deux, dans un endroit solitaire où ils furent égorgés à coups de couteau. Parmi les prisonniers se trouvait le roi Mootoo Saamy, le protégé des Anglais, qui partagea leur sort. Un seul soldat, le caporal Barnsley, échappa au carnage et put révéler le sort de ses camarades [1].

La responsabilité de ces terribles événemens, relatés dans des écrits anglais, remonte manifestement au gouverneur North. Le massacre de la garnison anglaise fut la revanche provoquée par la divulgation du complot ourdi entre l’Adigar et le représentant de l’Angleterre. Ce qui aggrave encore la responsabilité du gouverneur, c’est qu’il ne vengea point la garnison, dont la destruction lui était imputable. On trouve dans sa correspondance particulière avec le marquis de Wellesley l’aveu des inutiles efforts qu’il fit pour calmer l’affaire et pour induire le roi de Kandy à exprimer des regrets [2].

La revanche n’eut lieu que douze ans plus tard, lors de la conquête définitive de Kandy par les troupes anglaises. Dans l’intervalle, le roi de Kandy eut le loisir de se livrer à tous les atroces divertissemens que peut concevoir une imagination orientale.

  1. Henry Marshall, Historical sketch of the Conquest of Ceylon by the British, — Cordiner, Description of Ceylon, vol. II, ch. III, p. 203. — Tennent, Ceylon, t. II, p. 83.
  2. Correspondance de North, dans les manuscrits de Wellesley conservés au Musée britannique. — Tennent, Ceylon, introduction, p. 38.