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législatif dont il est assisté ne sont, comme le Conseil des Indes à Batavia, que des corps consultatifs : il peut se placer au-dessus de leurs décisions, les adopter ou les rejeter suivant son bon plaisir. Le Conseil exécutif se compose de cinq membres : le général commandant les troupes, l’attorney général, le secrétaire colonial, le trésorier et l’auditeur général. Le Conseil législatif se compose de dix-sept membres, et comprend, outre les cinq membres qui forment le Conseil exécutif, quatre membres titulaires d’office et huit membres non titulaires d’office, représentant les uns les différentes races de la population, les autres les intérêts de l’industrie et du commerce. Le Conseil législatif discute, avec toutes les formes d’un débat parlementaire, les mesures que lui soumet le Conseil exécutif ; mais ses délibérations doivent être sanctionnées par l’autorité souveraine du gouverneur, qui peut les annuler par son veto.

Ce système de gouvernement, qu’on a appelé « despotisme paternel, » a des avantages et des inconvéniens ; mais il faut bien reconnaître que, dans une colonie qui ne compte que vingt mille Européens à côté de millions d’indigènes offrant une grande diversité de races et une civilisation fort ancienne, il est indispensable de concentrer tous les pouvoirs dans une seule main. Cette nécessité n’a pas échappé au sens pratique des Anglais, et l’expérience démontre qu’ils ont été bien inspirés, de même que les Hollandais, qui appliquent un système analogue à Java et dans toute l’étendue de l’immense empire des Indes Néerlandaises.

Voici près d’un siècle que les Anglais occupent l’île de Ceylan. Comment en sont-ils devenus les maîtres ? L’histoire vaut la peine d’être racontée, non seulement parce qu’elle est peu connue, mais aussi parce qu’elle ouvre de curieux horizons sur les procédés de conquêtes coloniales pratiqués par l’Angleterre. Les Anglais étaient établis depuis plus de deux siècles dans l’Inde continentale, qu’ils n’avaient pas encore songé à l’acquisition de Ceylan, d’où les Hollandais avaient chassé les Portugais en 1656. Le vaste littoral de l’Hindoustan suffisait à leurs entreprises coloniales ; et leurs établissemens de Madras, de Surate, de Bombay et du Bengale leur suscitaient assez de conflits avec les princes indigènes et assez de querelles avec les Portugais, les Hollandais, les Français, pour qu’ils ne songeassent point à de nouvelles conquêtes. Ce ne fut qu’à la fin du XVIIIe siècle que l’Angleterre se convainquit que la protection de l’Inde était liée à la possession