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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/119

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d’or, qui iront conserver dans les familles le souvenir du mariage et de la grâce affectueuse de la Reine.

Cette fatigante journée se termine par un spectacle, où les comédiens français jouent du Molière, un souper avec les princesses et un feu d’artifice médiocrement tiré au bout du parterre du Tibre. L’illumination du parterre, qui aurait dû être fort belle, se trouve manquée, un fort vent éteignant les lampions à mesure qu’on les allume. L’impatience du jeune roi, qu’il dissimule à peine, appelle une intimité dont le sépare encore une assez longue étiquette. Il doit aller se mettre un moment dans son lit, pour le cérémonial obligatoire du coucher, puis être mené dans celui de la Reine par M. le Duc, M. de Mortemart, M. de La Rochefoucauld, et le maréchal de Villars, qui a les mêmes entrées que le premier gentilhomme et le grand maître de la garde-robe. Ces personnages reviennent à dix heures, le lendemain, présenter leur compliment à la Reine encore couchée : « Les complimens ont été modestes, raconte Villars ; ils montraient l’un et l’autre une vraie satisfaction de nouveaux mariés. » Et M. le Duc, écrivant à Stanislas quelques heures plus tard, ajoute que le Roi lui a exprimé, « en s’étendant infiniment, la satisfaction qu’il avait eue de la Reine ; » le ministre ajoute même des détails circonstanciés et surabondans destinés à rassurer pleinement le roi de Pologne sur la destinée conjugale de sa fille.


VII

Tous les jours suivans, Fontainebleau est en fête. A l’animation ordinaire qu’y mettent les séjours de la cour s’ajoutent les allées et venues des étrangers, invités aux cérémonies ou attirés par le désir de voir la Reine. Le jeune Voltaire, qui loge chez sa grande protectrice, Mme de Prie, et qui est à la meilleure loge pour bien voir, écrit à une autre de ses amies : « C’est ici un bruit, un fracas, une presse, un tumulte épouvantable. Je me garderai bien, dans les premiers jours de confusion, de me faire présenter à la Reine ; j’attendrai que la foule soit écoulée et que Sa Majesté soit revenue de l’étourdissement que tout ce sabbat doit lui causer. » Voltaire trouve que les choses se passent assez bien ; il ne blâme que le programme de la comédie le soir du mariage, Amphitryon et le Médecin malgré lui, « ce qui, dit-il, ne parut pas trop convenable. » Il est vrai que M. de Mortemart a refusé de faire jouer