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ce qui est le cas le plus fréquent, elles sont d’un jaune surnaturel ou d’un bleu bizarre. Il y en a aussi de rouges. Eh bien, il existe dans cette partie de la route, entre les crêtes du Pamir et Kachgar, des formations géologiques répondant trait pour trait au signalement donné par les documens chinois en question. J’en ai revu plus tard d’analogues dans diverses parties des Monts Célestes, et il y en a également dans le centre et le sud de la Chine. Tout dans ces images est exact, jusqu’à la couleur. Les argiles pyriteuses, imprégnées de concrétions salines, prennent, à la suite du ravinement et des érosions atmosphériques, les profils qui viennent d’être indiqués. Les cristallisations de sel ou d’alun qui les agglutinent, ainsi que la sécheresse extrême de l’air, permettent le maintien de ces escarpemens qui, dans nos climats humides, s’ébouleraient certainement, pour prendre un profil banal que viendrait recouvrir la végétation.

Ces étonnans reliefs hérissent le flanc de certains monts arides, squelette des parties les plus décrépites du vieux continent, comme certains groupes de champignons coriaces, auxquels ils ressemblent, s’attachent au flanc des vieux arbres.

Ailleurs, dans les mêmes parages, des roches caverneuses, formées de grès et de calcaires dolomitisés, présentent encore des apparences singulières et du même style. Il s’y ouvre des cavités polyédriques et grimaçantes. C’est dans ces cavernes invraisemblables que se cachent d’habitude, on le sait pour peu que l’on ait visité les recoins de vieux meubles chinois, des animaux étranges et des ascètes momifiés. Je suis surpris de n’en pas voir ici. Je salue ces montagnes comme de vieilles connaissances et je trouve que, décidément, c’est avec raison que ces déserts ont été attribués au Céleste-Empire dans les partages politiques de la région. Ils lui appartiennent bien légitimement.

8 novembre. — Nous quittons Kara-Ngoulouk au point du jour, et nous marchons encore pendant deux heures à travers des montagnes moins hautes que celles des jours précédons, mais tout aussi monotones.

Le paysage change enfin : après avoir descendu un escarpement assez rapide, au débouché d’un col, nous nous trouvons dans une grande plaine encadrée du côté de l’Ouest et du Nord par les dernières terrasses des montagnes d’où nous sortons. A notre droite, du côté Sud, nous apercevons l’énorme sommet neigeux du Mouz-Tagh-Ata, dont le dôme, sillonné de glaciers de