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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/900

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formant trois ou quatre chambres basses où peuvent s’abriter pêle-mêle les hommes et les animaux. Ces pièces, sans fenêtres, sont encombrées de fumier et de détritus, mais le grand froid paralyse la vermine qui y foisonne. Telles qu’elles sont, nous sommes bien heureux de les trouver.

Je ferai grâce aux lecteurs du récit de cette étape, qui a ressemblé à la précédente, Les observations que j’ai faites ce jour-là ne présentent d’intérêt qu’au point de vue topographique et j’en ai consigné le résultat sur les cartes que j’ai dressées.

Le détail le plus notable a consisté à couper transversalement la vallée d’un petit affluent du Kizil-Sou, venant du Nord.

Nous avons fait dans cette journée, de Kourgatin-Khaneh à Kara-Ngoulouk, 40 kilomètres, sans rencontrer personne. A 23 kilomètres de notre point de départ, nous avons dépassé, sans nous y arrêter, un autre petit fortin semblable, que l’on nomme Khan-Djougan.

Le seul incident de la journée a été la rencontre d’une bande de mouflons, dont j’ai tué deux. Ce sont des Ovis argali, aux cornes moins grandes que celles des Ovis Poli, et à la taille moins élevée. J’ai pu les abattre à la carabine sans difficulté. Ils tiennent à 200 mètres et ne s’enfuient pas au bruit des armes à feu, dont ils paraissent seulement écouter avec surprise la détonation, évidemment nouvelle pour eux.

Au cours de cette étape, j’observe des escarpemens dont l’aspect, bien caractéristique, me réjouit comme quelque chose de déjà vu, tout en me montrant une fois de plus que nous sommes déjà bien en Chine. Chacun a contemplé, sur les paravens ou les meubles chinois, ces prodigieuses montagnes dont la silhouette semble empruntée au domaine de la fantaisie pure.

L’une de leurs formes les plus fréquentes et les plus caractérisées consiste en une agglomération de troncs de cône étages les uns au-dessus des autres, la grande base de chacun débordant la face supérieure de celui qui le supporte, d’une façon qui semble contraire aux lois de l’équilibre. Du pourtour déchiqueté de leurs saillies pendent, en invraisemblables stalactites, des cristallisations bizarres, et leur flanc se creuse d’étonnantes anfractuosités qui délient, en apparence, les lois de l’architecture comme celles de la géologie.

Pour compléter la description de ces montagnes bien connues, j’ajouterai que, quand elles ne sont pas en nacre ou en laque d’or,