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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/847

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L’école primaire en Angleterre


Au berceau même de l’école, nous découvrons deux des traits distinctifs de l’esprit anglais : le sentiment religieux et la considération de l’utilité sociale. On les retrouvera dans l’organisation actuelle. Ce sont deux associations religieuses : la Société pour l’avancement de la connaissance du Christianisme (fondée en 1698) et la Société des Écoles du Dimanche (fondée en 1785) qui ont pris l’initiative de l’instruction populaire en Angleterre. La première a légué en 1811 son œuvre à la Société nationale pour l’instruction des pauvres dans les principes de l’Église anglicane. De leur côté, les économistes et les hommes politiques se préoccupaient de l’école au point de vue social. Adam Smith [1] recommandait l’instruction des ouvriers comme propre à les préserver des égaremens de l’esprit révolutionnaire et l’on créait, dès la fin du XVIIIe siècle, des colonies pénitentiaires, pour la correction et l’éducation des adolescens vicieux. A ces deux caractères de l’école anglaise, il faut en ajouter un troisième, la complète indépendance vis-à-vis de l’Etat.

Jusqu’à ces derniers temps, la profession de l’enseignement en Angleterre s’est exercée en pleine liberté, comme celle de toute autre industrie. A un maître d’école ou à une directrice d’institution on ne demandait pas plus de diplôme qu’à un médecin ou à un apothicaire. Aussi n’était-il pas rare de voir des écoles tenues, soit par d’anciens soldats, qui cherchaient à arrondir leur maigre pension de retraite, soit par de petits marchands ruinés qui luttaient contre la misère. Une femme veuve ou une

  1. Traité des richesses, livre I, chap. I, sect. 2.