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des fractions du temps premier [1]. » En outre, « si l’on compare entre elles, au point de vue du détail métrique, les odes de Pindare, on s’aperçoit qu’il n’y en a pas deux qui soient tout à fait semblables [2]. » Enfin il ne faut pas non plus vouloir retrouver à tout prix dans les développemens de la mélodie grecque cette forme carrée qui est ordinaire dans la musique moderne. Le groupement mélodique des mesures quatre par quatre nous est devenu si familier que nous inclinons parfois à le considérer comme nécessaire. Il n’en est rien pourtant et les Grecs certainement ne l’ont pas connu [3]. »

Mais ils n’ont pas connu davantage le flottement éternel de notre rythme contemporain. « Ce qu’on appelle aujourd’hui mélodie continue, était tout à fait étranger à leurs habitudes. Il y a aujourd’hui des œuvres musicales très savantes et très belles, dans lesquelles le rythme n’est guère pour ainsi dire qu’un cadre abstrait où le génie du musicien répand librement des mélodies souples et ondoyantes. La Grèce antique n’avait que des rythmes nets et bien marqués, des rythmes de danse, comme on dit maintenant [4]. » Rythmes d’autant plus marqués, qu’ils ne l’étaient pas comme à présent avec le bras, avec « cette main qui par les airs chemine, » mais avec le pied frappant le sol et quelquefois même chaussé d’un brodequin de bois. La mesure alors était véritablement « battue. » Et si riche, si compliquée même que fût l’économie d’une œuvre rythmique, elle demeurait toujours réductible à des élémens uniformes, ordonnés par des principes fermes et réguliers. Encore une fois, les contours du rythme se dessinaient aussi nettement dans la durée que ceux de l’architecture dans l’espace ; ils y décrivaient des figures aussi précises, je dirais presque aussi plastiques, dont rien n’échappait à l’esprit, ni ne le dépassait.

On peut soutenir que le rythme ainsi compris, ainsi organisé, n’existe plus aujourd’hui. Quand nous disons aujourd’hui, c’est environ et seulement depuis un demi-siècle que nous voulons dire. Par une rencontre ou plutôt une suite extraordinaire, la même discipline rythmique à laquelle furent soumises autrefois la poésie et la musique étroitement liées paraît avoir régi durant

  1. M. Gevaert.
  2. M. Croiset, op. cit.
  3. Id. ; ibid.
  4. Id. ; ibid.