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langue, et par conséquent la poésie grecque, avait pour principe métrique non pas, comme nos langues modernes, l’accent, mais la quantité. En d’autres termes, — employés, ou peu s’en faut, par M. Gevaert, — ce n’était pas l’intensité, mais la durée des syllabes qui servait de point de départ et de règle à la mesure, Or, comme la musique se conformait exactement à cette division de la durée par la poésie, le texte conservé de la poésie nous a conservé en même temps le rythme de la musique, tout seul, mais tout entier. « Le squelette rythmique indique avec précision la mesure et ses divisions, la coupe des membres et des périodes, la structure de la strophe et du chant entier ; d’autre part, le texte permet d’entrevoir le mouvement et le caractère de la mélopée. Seul le dessin mélodique nous manque ; perte immense à la vérité, et irréparable, mais qui, néanmoins, ne nous laisse pas dans une détresse absolue, car le « schéma » garde au moins un pâle reflet de la mélodie qui l’a illuminé [1]. »

On comprend que le principe de la division par longues et brèves, ce principe en quelque sorte quantitatif, ait engendré un système métrique d’une inépuisable richesse. « Ce principe paraît avoir eu sur les destinées de l’art antique une influence aussi décisive que celui de l’harmonie simultanée sur le développement de la musique occidentale [2]. » Aujourd’hui, quand nous regardons un orchestre, ou seulement une partition, à voir tous ces instrumens réunis, ces innombrables portées superposées, il semble que la musique moderne soit dans l’espace un véritable monde. La musique antique en était un dans le temps : réduite à deux lignes écrites, et très souvent à une seule, elle se développait et se décomposait à l’infini dans la durée. M. Gevaert, M. Croiset, dans son bel ouvrage sur la Poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec, ont tracé le tableau complet de cet organisme énorme et délicat. C’est chez eux qu’il faut étudier, c’est par eux qu’on peut comprendre les lois de relations et de proportions qui faisaient, d’un chœur d’Eschyle ou de Sophocle, d’une ode de Simonide ou de Pindare, une hiérarchie harmonieuse et vivante.

Les Grecs admettaient trois rapports rythmiques fondamentaux : le rapport d’égalité (une longue et deux brèves) ; le rapport de deux à un (une longue et une brève), le rapport de un et demi à un, ou de deux à trois (une longue et trois brèves). Le

  1. M. Gevaert.
  2. Id.