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II

A peine harmonique et très peu instrumentale, la musique des Grecs avait pour élémens essentiels le rythme et la mélodie. Ces deux élémens sont les plus simples et, pour ainsi dire, les plus uns, ne consistant pas dans la combinaison, mais dans la succession des notes. Ils sont aussi les plus naturels et sans doute les plus anciens. Enfin ils sont les plus nécessaires : il est plus facile de concevoir une musique à laquelle ils ont suffi, que d’en imaginer une où ils manqueraient. La musique antique les a possédés l’un et l’autre dans leur plénitude et leur perfection.

« Gardons-nous, dit l’illustre auteur de l’Histoire de la musique de l’antiquité, gardons-nous de parler légèrement de l’art antique, sous prétexte que l’harmonie y joue un rôle très effacé. En définitive, — et ceci a de quoi nous faire réfléchir, — les seuls monumens musicaux qui jusqu’à présent aient traversé les siècles, appartiennent à la mélodie homophone. J’ai, en ce qui me concerne, la ferme conviction que les œuvres de nos grands maîtres résisteront aux vicissitudes des temps ; mais il faut bien reconnaître que l’épreuve est encore à faire. Les merveilleuses créations de Palestrina, le dernier représentant de la polyphonie vocale du moyen âge, n’existent plus que pour les érudits, tandis que les humbles cantilènes de saint Ambroise résonnent encore tous les jours dans nos temples, et sont le seul aliment artistique de milliers de chrétiens. » Depuis que M. Gevaert, a écrit ces lignes, la musique palestinienne a été rendue, après des siècles d’oubli, à l’admiration générale [1]. Mais, d’autre part, et depuis quelque vingt-cinq ans, restitué, purifié par le génie bénédictin, voici que le plain-chant ressuscite. Et de ces deux résurrections, la dernière peut-être est la plus éclatante. Polyphonie et monodie vocale, de ces deux admirables formes, délaissées ou méconnues, la plus ancienne paraît ou reparaît la plus belle. J’en eus la preuve un jour, à Solesmes, dans la chapelle des moniales. Elles avaient souhaité de connaître quelques chefs-d’œuvre des maîtres polyphonistes du XVIe siècle. Pour les leur faire entendre, la Schola cantorum de M. Bordes prit part aux vêpres et au salut

  1. On ne saurait parler de la restauration palestinienne en France, sans en reporter l’honneur à M. Charles Hordes, maître de chapelle de Saint-Gervais et directeur de la Schola cantorum.