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moi tous les jours, à tous les instans. Si j’e ne t’ai point écrit depuis le 6 avril, c’est que j’e ne puis écrire de la main gauche que peu, très lentement et avec beaucoup de fatigue, et que cela devient un supplice de Tantale. Le fond de ma santé est parfaitement rétabli. Mes genoux vont beaucoup mieux. Mais le poignet droit est encore si faible qu’après avoir tracé : je t’aime, il lui faut du repos. J’embrasse tout le monde. »

Ce billet affectueux eut pour effet de dissiper les défiances et les craintes de Decazes. Il en remercia le roi avec effusion. Mais, son ressentiment contre les ministres durait toujours. Déjà douloureusement surpris qu’ils ne l’eussent pas défendu quand il était attaqué, les modifications introduites par eux dans la loi électorale l’exaspéraient à ce point qu’au risque de se répéter, il le confessait une fois encore à Louis XVIII.

« Ils savent que les deux degrés m’ont toujours paru la faute la plus grave et la plus funeste et que c’est ce qui m’a fait me séparer en décembre 1818 du duc de Richelieu, et que dans les modifications à faire à la loi des élections, je n’ai jamais voulu en entendre parler. Nous adoptons ensemble une nouvelle loi que le côté droit agrée, je la leur lègue en partant, et non seulement ils me promettent, mais ils me prient de la défendre par mon influence auprès de mes amis, ils s’alarment de la supposition que j’ai pu faire des concessions à l’un ou à l’autre… et tout à coup, sans avoir daigné m’en dire un mot, sans donner d’autres raisons que la longueur des quarante et un articles et la difficulté de faire passer le renouvellement intégral, ils produisent un nouveau système entièrement opposé au premier ! »

Après cette sortie et comme s’il craignait que le roi y vît un commencement de rébellion, il continuait en lui racontant que Guizot et ses amis le pressaient de rentrer à Paris pour travailler à la formation d’un nouveau ministère, « ce à quoi j’ai répondu en restant à la Grave. J’appartiens au roi, mais ce ne sera qu’avec désespoir que je rentrerai aux affaires. Je crois fermement que ce serait faute et malheur pour moi d’y rentrer actuellement. »

Il était tout aussi décidé à ne pas se mettre à la tête d’un parti d’opposition : « Cela ne pourrait être qu’autant que le roi aurait un ministère qui lui aurait été imposé et qu’il approuvât in petto ma conduite et encore que j’aie au moins la chance de le sauver. » Il ne voulait et ne demandait qu’une chose avant de partir pour Londres, c’est que lorsque Clausel de Coussergues développerait