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chute ? J’ai demandé pour lui une récompense nationale, et j’en ai fait la condition de mon entrée au ministère. N’ai-je pas relevé le gant pour Corvetto ? Je ne cite pas ces faits, assurément, pour m’en faire honneur, mais pour ajouter que les partis, loin de m’en vouloir, ne m’en ont que plus honoré. »

Dans les souvenirs que rappelait Decazes, il n’était rien qui ne fût vrai. Mais il y avait quelque exagération dans les reproches qu’il adressait à Pasquier et à Richelieu, quelque injustice dans l’attitude boudeuse qu’il gardait à leur égard, en dépit des lettres cordiales qu’il recevait du premier, attitude dont il ne se départit que lorsqu’il eut acquis la conviction que ses anciens collègues, encore qu’ils n’eussent pas jugé opportun de le défendre à la tribune, présentaient sa défense dans leurs entretiens, à toute heure et à tout propos.

Cette conviction lui fut donnée de divers côtés à la fois :

« Il n’est pas difficile de voir que le ministère vous redoute beaucoup, lui mandait-on, et qu’on cherchera à vous fermer le chemin de Paris le plus longtemps possible. M. Pasquier vous trahit-il ? C’est là une question que je me pose tous les jours et que je me force d’éclairer par tous les moyens en mon pouvoir. Hier matin, je l’ai trouvé dans son lit, retenu par un gros rhume. Il m’a dit que vous lui aviez écrit une lettre qui l’affectait vivement. Il paraissait sincère dans ses regrets. »

Un peu plus tard, nouvelle missive du même correspondant et sur le, même objet :

« M. Pasquier m’a de nouveau exprimé combien vous auriez tort si vous vous défiiez de lui. Il compte bien que, pour ce qui le concerne, vous sauriez faire la part des circonstances. Il m’a dit que M. de Richelieu, à qui vous veniez d’écrire aussi, était toujours très bien pour vous. »

D’autre part, le roi s’efforçait de rendre confiance à Decazes et de le remonter :

« Je ne sais si Clausel de Coussergues reproduira son infamie. Benjamin Constant l’y a provoqué ces jours-ci. Si cela est, je travaillerai à ce que le duc de Richelieu fasse ce que l’honneur et la probité exigent de lui. »

Enfin, c’était Pasquier lui-même qui, prévenu des griefs de l’ambassadeur, entreprenait de les dissiper en se justifiant :

« J’ai reçu de vous une lettre hier, cher ami. Je vous dirai avec franchise que j’en avais besoin et que votre silence me faisait