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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/791

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postérieurs, le prince a réparé l’effet des premiers et en plaidant au total les circonstances atténuantes :

« Je comprends très bien que la plaie qu’il vous a faite ne soit pas encore guérie. Mais vous connaissez sa véracité. Ce qu’il a dit au duc de M***, ce qu’il vous a fait dire par Pasquier, c’est son cœur qui l’a dicté. Tout le reste a une interprétation, que l’horrible événement rend peut-être excusable, de ce que lui a souvent répété celui qui depuis quarante ans était animœ dimidium suæ. Hélas ! la comparaison de Gil Blas lui est encore plus applicable qu’à Charles. Mais, si vous le voyiez comme moi presque tous les jours, être pour sa nièce le père le plus tendre, si surtout il vous avait offert hier comme à moi le spectacle le plus touchant que je connaisse, celui d’une immense douleur supportée avec un immense courage, ah ! vous excuseriez un peu de faiblesse réparée d’ailleurs autant que cela était possible. »

En de telles preuves de la sollicitude de son roi, Decazes pouvait trouver plus d’un motif de consolation, et l’effet en était bienfaisant pour lui, si bienfaisant que le compte rendu de la séance du 1er mars, où il avait été de nouveau attaqué par Clausel de Coussergues avec autant d’injustice que de violence, ne semble pas l’avoir d’abord ému plus que de raison. Mais, bientôt, des lettres d’amis venaient ajouter à ce compte rendu des commentaires irritans, faire croire à Decazes qu’il était trahi par ceux dont il était naguère le fidèle compagnon. Alors il fut impuissant à contenir sa colère. On la voit se répandre dans sa correspondance avec le roi. « Que Pasquier, qui n’a pas eu le courage de dire un mot aux deux séances où son collègue et son président a été outragé d’une manière si lâche, qui ne l’avait pas eu non plus un mois avant, lorsque M. de la Bourdonnaye me représentait comme isolé dans la nation et dans la Chambre ;… que Pasquier, dis-je, me traite, absent, comme il me traitait présent, et ne défende pas plus son ami qu’il ne défendait son collègue, je peux le comprendre, quoique à grand’peine assurément. Mais que le duc de Richelieu partage cette conduite, voilà ce qui me confond. Tout à l’heure, on me demandera sans doute de faire amende honorable et de demander grâce à M. Clausel et à M. Martainville. Donner ainsi ses amis et ses collègues en holocauste à un parti, ce n’est pas de la politique, c’est de la folie, je ne dirai pas que c’est de la lâcheté. Est-ce ainsi que je me suis conduit envers M. le duc de Richelieu ? L’ai-je abandonné à la partie de la Chambre qui se réjouissait de sa