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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/784

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suit, je cherche à chaque moment à deviner où vous pouvez être. Si vous avez pu, hier, aller couchera C***, vous devez, à huit heures qu’il est, avoir passé la Loire. Eh bien ! c’est une peine pour moi. Chaque rivière me paraît un obstacle de plus entre nous. Déjà, peut-être, le Cher est franchi ; il est si près de Tours. Restent la Creuse, la Vienne et la Charente. Bientôt même, il n’y aura plus que celle-là, car, si vous allez jusqu’à Châtellerault, les deux premières sont en deçà.

« Je viens de m’interroger ; tout cet étalage d’érudition géographique n’est que pour m’étourdir sur ma véritable pensée, et la voici. Comment supportez-vous le voyage ? Comment votre pauvre petite femme le soutient-elle ? Je ne parle pas du reste de la famille. La voiture est bonne pour les enfans, et votre sœur, qui est actuellement la mieux portante de tous, est accoutumée aux courses. J’ai été horriblement tourmenté hier ; je craignais qu’étant parti si tard, vous n’eussiez pas pu gagner Chartres ou que vous y fussiez hors d’état de continuer votre route. Mais la poste arrive tous les jours de là ; je n’ai entendu parler de rien, et, en pareil cas, pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Point de nouvelles ! Et de qui ? Oh ! mon Dieu, que la résignation est une vertu difficile !

« Mon physique est bien ; c’est à peine s’il reste de l’enflure à mon doigt. Pour le moral, jugez-en par le vôtre. La nature m’a cependant accordé avec abondance le soulagement des malheureux et j’en ai éprouvé quelque bien. Mais ce remède n’est qu’un palliatif. A peine a-t-il produit son effet que le besoin s’en fait de nouveau sentir, et l’on ne peut pas toujours le satisfaire. Adieu pour aujourd’hui.

Ce lundi, 28 février.

« Louis. »

Encore vingt-quatre heures d’interruption dans cette correspondance quotidienne, et il la continue, sous la date du 29 février :

« Je n’ai pas encore eu de nouvelles aujourd’hui, cela n’a rien d’étonnant. Mais on dit que votre beau-père a dû vous accompagner jusqu’à Chartres. Si cela est, je suis surpris qu’à son retour, il ne m’ait rien fait dire. L’amitié inquiète se contente de si peu ! Félicitez-moi ; j’ai senti aujourd’hui un mouvement de joie… il y a plus de quinze jours qu’elle n’avait approché de mon cœur. J’ai reçu du roi d’Angleterre une lettre