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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/723

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contre les ennemis de la République, si dangereux, paraît-il, et si farouches, ils ont besoin de tous ses amis, même des plus compromettans. C’est la concentration poussée au paradoxe. L’émeute anarchiste est venue mal à propos ; on l’a trouvée inopportune et gênante ; alors on a pris le parti de ne pas y faire attention, et peut-être, un jour prochain, nous demandera-t-on de la comprendre dans les faits qu’il est bon d’oublier. On commence soi-même par donner l’exemple de cet oubli.

Telle est la situation à l’avant-veille de la rentrée des Chambres, qui ne saurait maintenant se faire attendre guère plus de trois semaines. Nous avons un ministère divisé, dont les divisions s’accusent et s’accuseront de jour en jour davantage. Tout le monde sent qu’il ne peut plus durer dans sa composition actuelle. Le motif qui a maintenu entre ses membres un accord provisoire a cessé d’agir sur lui, et les élémens qui le composent subissent la loi de divergence qui les régit. Le grand complot ne saurait retarder beaucoup la désagrégation. En un mot, nous rentrons dans les questions politiques que des circonstances exceptionnelles avaient momentanément permis de négliger. Et nous ne croyons pas que M. Millerand et M. le général de Galliffet puissent les traiter ensemble longtemps encore.

A l’étranger, une crise ministérielle a eu lieu en Autriche : elle était aussi dans la fatalité des choses et elle n’a étonné personne. M. le comte Thun a donné sa démission ; mais, comme il n’a pas été remplacé, et que nous ne savons pas encore comment il le sera, nous nous contenterons pour aujourd’hui d’annoncer le fait, nous réservant de revenir plus tard sur les conséquences qu’il aura eues.

Quant au Transvaal, nous n’en dirons rien non plus. Les faits nouveaux qui sont survenus, et qui d’ailleurs ont exactement le même caractère que les précédens, n’ont pas modifié les conditions du problème. On est toujours suspendu entre la paix et la guerre, et, par malheur, l’état de l’opinion en Angleterre semble devoir faire pencher la balance du dernier côté. Les exigences britanniques s’enveloppent d’une forme moins dure, mais, loin de décroître, elles vont toujours en augmentant. A chaque nouvelle note de M. Chamberlain, il semble que la vis se serre, et il importe peu que ce soit d’une brusque secousse ou d’un mouvement plus lent : le résultat est le même. Les résolutions dernières ne sont pas encore prises, ou du moins elles n’ont pas encore été énoncées. On ne peut qu’attendre un dénouement qui fait naître des inquiétudes de plus en plus vives.