Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/707

Cette page n’a pas encore été corrigée


érosions. La contagion exige donc un instrument d’inoculation et un instrument de transport.

Les insectes parasites réalisent cette double condition et particulièrement les puces, les punaises et diverses mouches. Ils sont capables, à la fois, de transporter le bacille pathogène et de l’inoculer. Le docteur L. Simond, médecin des épidémies, en a donné la démonstration. Le microbe de la peste vit et se développe aisément dans le tube digestif des puces. Chez celles qu’il recueillait sur des animaux pestiférés, M. Simond a trouvé l’intestin en quelque sorte farci de bacilles pesteux.

Un premier point est donc établi, c’est à savoir que ces insectes peuvent prendre des microbes aux pestiférés sur lesquels ils vivent, dont ils piquent la peau et sucent le sang, et qu’ils peuvent les conserver en bon état de vitalité et de virulence. D’autre part, en piquant ensuite d’autres animaux, ils peuvent leur inoculer les bacilles dont ils sont gorgés. M. Simond a mis en évidence cette seconde vérité en enfermant ces puces de pestiférés avec des souris indemnes : il a constaté que ces rongeurs avaient contracté la maladie.

Ces expériences établissent donc la possibilité complète pour les insectes parasites de jouer le rôle d’instrumens de transport et d’inoculation du bacille pesteux ; d’être, en un mot, des agens de propagation de la maladie. Mais une possibilité n’est pas une réalité. De possibili ad actum non valet consequentia, comme disent les juristes. Ce mode de propagation par les puces est-il véritable ? Il y a bien des vraisemblances en sa faveur. Yersin fournit un excellent argument, en citant ce qui s’est passé à Nhatrang, dans l’Annam. Là, comme à Hong-Kong, la peste sévissait. Chaque fois qu’il se produisait un cas nouveau, les habitans qui vivaient autour du malade, dans le même logis, étaient transportés dans une île d’isolement où ils devaient séjourner pendant quinze jours. Le plus souvent, ils restaient parfaitement indemnes. Au contraire, les voisins de l’habitation évacuée ne tardaient pas à être atteints. La contagion se faisait donc de la maison vide et fermée aux maisons voisines. On ne voit guère que de petits insectes qui soient capables de passer des unes aux autres. Au moment de l’évacuation, les puces restent dans la paillotte et dans son sol ; mais bientôt, ne trouvant plus à vivre, elles émigrent dans les maisons voisines et y transportent l’infection. Pour empêcher le fléau de se perpétuer, il