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succombé, contribuèrent à étouffer sur place l’épidémie qui, pendant un moment, avait troublé la quiétude de l’Europe. Tous les gouvernemens avaient envoyé des délégués pour se renseigner sur la véritable nature du fléau et l’efficacité des mesures de préservation. Le mal se réduisit à peu de chose en comparaison de ce que l’on pouvait craindre. Vingt-deux familles seulement furent frappées et fournirent trois cent soixante-douze victimes.

L’établissement de ces cordons sanitaires rigoureux n’est pas possible, et cela pour beaucoup de raisons, lorsqu’il s’agit d’une grande ville de 80 000 habitans, commerçante, industrielle, comme Oporto. La suppression des communications avec le dehors reste inefficace parce qu’elle est incomplète ; ses inconvéniens seuls subsistent sans compensation ; et ils sont tels qu’ils contribuent à l’aggravation de la maladie. Le ravitaillement insuffisant, le développement de la misère, l’état moral des habitans prisonniers favorisent les ravages du fléau.

En ce qui concerne Oporto, les missions étrangères et la mission française en particulier, composée de MM. Calmette et Salimbeni, se sont élevées contre le maintien du cordon sanitaire qui avait été établi au début. La société médicale de Lisbonne a joint ses protestations à celles de tout le corps médical, et le gouvernement portugais, à la date du 13 septembre, a décidé la suppression du blocus. Conformément aux prescriptions de la Conférence de Venise de 1897, il a rétabli les communications de la ville contaminée avec le dehors et organisé, à la sortie, une visite sanitaire rigoureuse avec séjour obligatoire dans des lazarets d’observation, désinfection de tous les objets désinfectables et interdiction d’exportation pour ceux qui ne se prêtent pas à cette opération. Telles sont les mesures qui remplacent l’ancien cordon d’isolement ; leur ensemble constitue la troisième ceinture protectrice par laquelle les Etats modernes peuvent essayer de se défendre contre l’invasion des maladies épidémiques.

Le rôle de la police sanitaire finit là ; celui de la science commence. Il y a une dernière ressource, qui consiste dans l’emploi des procédés scientifiques de vaccination et d’immunisation.

Quel résultat peut-on attendre de ce plan de campagne, dans les conjonctures actuelles ? Réussira-t-on à maintenir le fléau dans les foyers multiples qu’on a laissés se former et à empêcher