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est longtemps resté imprégné du miasme pestilentiel. C’est de là qu’il s’élevait pour se répandre périodiquement sur les côtes de la Méditerranée. A l’Occident, il frappait d’abord la Tripolitaine, dont on n’a guère connu que les épidémies récentes de Bengazi en 1856, de Mourzouk en 1859, de la Cyrénaïque en 1874 : puis il atteignait la Tunisie, dont l’épidémie la plus célèbre fut celle qui décima l’armée des Croisés et causa la mort de saint Louis en 1270 : il ravageait enfin à diverses reprises l’Algérie et le Maroc. Du côté de l’Orient, la peste se propageait en Syrie, dans la Turquie d’Europe, et, à la suite des armées, en Grèce, en Transylvanie, en Dalmatie et jusqu’en Russie. Chacun de ces pays devenait, pour un temps, un nouveau centre de rayonnement. La Turquie, dévastée par le fléau à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, a constitué pendant longtemps un foyer secondaire émané du foyer principal égyptien et entretenu par lui : il s’est éteint d’ailleurs à peu près à la même époque que celui-ci. Ce sont les troupes du Sultan qui de 1814 à 1816 propagèrent le fléau en Valachie, en Albanie, en Epire et sur tout le littoral oriental de l’Adriatique. La peste de Morée (1824) n’eut pas d’autre véhicule que le contingent égyptien de l’armée turque.

Il est certain que l’Egypte était infestée déjà au IIIIe siècle avant l’ère chrétienne. Daremberg en a donné la preuve. On sait, d’autre part, par Evagrius et Procope, que c’est de Péluse, dans le delta du Nil, que surgit le fléau connu dans l’histoire sous le nom de peste de Justinien, qui, on l’an 542 de notre ère, dévasta tout le bassin de la Méditerranée. La peste de Marseille en 1720, si meurtrière qu’elle fit périr un habitant sur trois, fut introduite par un navire venu de Saïda en Syrie. La peste de Messine en 1743 se rattachait de même, plus ou moins immédiatement, au foyer égyptien : de même encore, l’épidémie de Moscou en 1771, et plus tard l’épidémie de Malte en 1813. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le limon du Nil n’a pas cessé d’être le sol matriciel de la peste : la maladie s’y perpétuait à l’état endémique ; fréquemment, — vingt et une fois, dans l’intervalle de 1783 à 1844, — elle y prenait un développement épidémique. L’une de ces épidémies frappa l’armée française, au moment de la campagne d’Egypte, et lui enleva deux mille hommes.

Cette longue contamination du sol égyptien a pris fin en 1844. Depuis lors le fléau avait cessé : le foyer s’était éteint et avec lui