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engage mon frère et ma sœur à y rester jusqu’à la fin. » Huit jours après, le 20 fructidor : « On nous dit qu’il est possible que vous sortiez d’un instant à l’autre : on nous l’a même promis pour dans les vingt-quatre heures. Mais il ne faut être sûr qu’à l’instant où l’on criera dans la cour : « Castellane est libre ! »

Cet instant, Castellane devait l’attendre plus d’un mois encore. Tel jour, le Comité ne siège pas ; tel autre, il lève sa séance sans avoir rien fait. Le 2 vendémiaire, il se réunit au Comité de salut public. « Par conséquent, nous n’avons rien pu faire cette nuit. Rien, non plus, la nuit du 6 ; et cependant il y a eu cent cinquante-deux libertés d’accordées. Il y avait un Castellan, mais pas de Castellane, et une seule liberté pour le Plessis. Comme ce travail a commencé tard, tout mon monde était parti et m’avait engagée à m’en retourner, parce que Dumont n’était point arrivé, et qu’un de ses collègues avait dit que sans doute il était allé se coucher, étant malade. Eh bien ! il est venu, et a donné bien des libertés ! Ah ! que mon cœur était oppressé ! » Quelques jours après, nouvel espoir : « Il faut espérer qu’André (Dumont) ne tiendra plus contre toutes les recommandations qui lui sont faites. Voilà Crassous, Alquier, Lindet, et Champeaux qui lui en parlent : il faudra bien qu’il leur dise pourquoi il ne fait pas votre rapport ! » Et cela continue ainsi de jour en jour, de semaine en semaine, jusqu’à ce qu’enfin Castellane obtienne d’avoir un nouveau rapporteur, l’ancien boucher Legendre, devenu désormais le plus actif et le plus sincère ami des aristocrates. Celui-là règle l’affaire en un coup de main. Le 20 vendémiaire, Dumont lui remet les pièces : le 22, Castellane est décrété libre.

Mais, pour profondes que fussent l’incohérence et l’anarchie dans l’administration révolutionnaire, elles étaient bien plus profondes encore dans les esprits de ce temps ; et c’est également de quoi les lettres de Courcelles nous offrent un exemple tout à fait typique. Ces petits bourgeois se dévouant à la cause d’un marquis, que d’ailleurs ils appellent « citoyen, » qu’ils traitent de « petit frère, » et qu’ils « embrassent » dans chacune de leurs lettres ; ces sans-culottes se montrant tout fiers d’un mot aimable qu’a daigné leur écrire la « citoyenne » Castellane, et avec cela remplis d’admiration pour certains des plus fâcheux pourvoyeurs de la guillotine : peut-on rien imaginer de plus singulier ? Et combien leur cas apparaît plus extraordinaire, si vraiment ils sont de la famille