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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/650

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de dormir et surtout de nous restaurer et de nous chauffer en nous reposant sur le poêle, bien qu’il soit fort dur et que la chaleur lourde qui s’en dégage soit peu favorable aux travaux de l’esprit.

La plus grande partie de la journée est employée par le capitaine Kotchouroff à me faire les honneurs du poste qu’il commande. Le capitaine est un excellent militaire, d’une vigueur remarquable, même dans l’armée russe. C’est le type le plus parfait de l’officier de Cosaques, s’occupant en détail de ses hommes et de ses chevaux, généreux, hospitalier, adorant son métier, brave comme son sabre et d’une énergie qui ne connaît pas d’obstacles. Son occupation presque unique, pendant la mauvaise saison, — et ici elle est longue, — consiste à exercer ses soldats au tir. Pendant l’été, il fait avec eux des courses de montagne où il accomplit de merveilleuses prouesses : mais actuellement ce n’est pas le temps d’y songer. Tout au plus peut-on faire, dans les environs immédiats, quelques chasses à l’ours et au mouflon. Excellent tireur lui-même, il est d’une rare compétence en matière de chasse et même de tir de guerre, et il me donne l’occasion d’apprécier, sur des cibles, la justesse exceptionnelle de son coup d’œil. Sur son invitation, je fais sa partie à ce jeu, et je tâche de représenter, du moins mal que je puis, les « savans français, » quand on leur impose pour arme, au lieu d’une écritoire ou d’une loupe, une carabine.

Le capitaine me donne aussi des détails topographiques très intéressans sur les parties les moins connues des montagnes avoisinantes. Il me raconte encore qu’il est chargé par l’Observatoire de Tachkent de diverses observations météorologiques, et il me montre ses registres et ses instrumens, qui sont assez sommaires : le principal est un baromètre anéroïde à cadran. Cet appareil lui donne quelque souci. Il le consulte régulièrement trois fois par jour et note avec soin les résultats observés. Mais il lui semble que depuis quelques semaines le fonctionnement n’en est plus parfaitement régulier : l’invariabilité des pressions l’inquiète. Il fait appel à nos lumières pour avoir une consultation. J’examine le sujet et je vois que le pivot de l’aiguille indicatrice est inséparablement soudé à son coussinet par une épaisse couche de vert-de-gris. Après avoir constaté qu’en outre le mécanisme intérieur est complètement hors de service, je déclare au capitaine qu’en effet le fonctionnement de ce baromètre laisse à désirer,