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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/616

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seulement quelques animaux qui, à la lueur des flambeaux, se cachaient. » La lettre est un peu longue, même en y faisant de larges coupures ; mais c’est comme si l’on avait passé une soirée avec eux.

Il ne manqua point de contrefaçons de l’hôtel de Rambouillet, à Paris et jusqu’au fond des provinces. La vie de salon s’implanta de proche en proche dans toute la France, avec des conséquences littéraires qui ont été souvent étudiées, et des conséquences politiques qui ont moins retenu l’attention. Ce fut le commencement de la domestication de la noblesse. Les anciens passe-temps du gentilhomme en sa gentilhommière ne prenaient pas sur son indépendance ; on pouvait aimer de tout son cœur à chasser, à batailler avec ses voisins, et demeurer un être insociable, ce qui est le seul moyen d’être un homme libre. Les nouveaux divertissemens exigeaient des sacrifices continuels aux convenances d’autrui [1], chose excellente en soi, et qui a cependant mal tourné pour l’aristocratie française ; le jour où il convint à Louis XIV, qui avait ses raisons, de transformer ses ducs et pairs en courtisans et en grands barons de l’antichambre, il n’y trouva pas assez de difficulté. « L’incomparable Arthénice » lui avait trop bien mâché la besogne, sans y penser, lorsqu’elle avait donné le goût des jeux innocens et des belles conversations aux plus remuans, y compris la Grande Mademoiselle elle-même.

Il nous reste à examiner ce que notre princesse et toute la Fronde ont dû de faux grands sentimens et de fausses grandes ambitions au théâtre de leur temps. Nous connaîtrons alors les principaux élémens, — sauf un, l’élément religieux, qui viendra à son heure, — dont s’était formée la société idéalisée par Corneille, et que Mademoiselle a fidèlement représentée jusqu’à son dernier soupir. Nous n’aurons plus alors qu’à regarder vivre et agir ce monde romantique, jusqu’à l’avènement de la société si différente que Racine a eue sous les yeux.


ARVEDE BARINE.

  1. Sur le refoulement de l’esprit d’individualisme et d’indiscipline au XVIIe siècle, voir le Manuel de l’Histoire de la Littérature française, par M. Brunetière, j. II, La Nationalisation de la Littérature.