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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/487

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Le peuple espagnol


Il est des peuples qui ont monté, il en est d’autres qui, après être descendus, ont assez de ressources intellectuelles et morales pour remonter encore ; l’étude des uns et des autres est précieuse pour le psychologue et le moraliste, qui recherchent dans les caractères nationaux les vraies raisons profondes de la grandeur ou de la décadence des nations. La théorie de Marx, qui veut expliquer tout le mouvement de l’histoire par des causes purement économiques et par des raisons toutes matérialistes, ne s’applique guère à l’Espagne, où nous verrons le caractère, les mœurs et les croyances jouer le principal rôle.


I

Au physique et au moral, il y a plusieurs Espagnes, qui cependant forment bien une Espagne. Au nord, de la Catalogne à la Galice, l’Espagne plus proprement européenne a l’âpreté et le sol rugueux de l’Auvergne, du Limousin, de la Bretagne ; c’est là, selon le dicton, que l’on fait du pain avec de la pierre. L’Espagne du sud est africaine ; à la vigne et à l’oranger elle mêle le dattier et la canne à sucre. L’Espagne intermédiaire, la vraie Espagne, avec ses sierras et ses steppes, a été comparée à une vaste forteresse dressant ses créneaux dans le ciel. L’aridité est le trait général du climat espagnol, où la pluie est plus rare non seulement qu’en France, mais qu’en Italie et en Grèce ; sous ce rapport, l’Espagne est analogue à la région de l’Atlas. Si, dans les provinces d’Andalousie, de Murcie et de Valence, le climat de vient tout à fait africain, il reste proprement méditerranéen dans la vallée de l’Ebre et océanique à l’ouest ou au nord-ouest.