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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/324

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argumens solides de Pesth, de Vienne ou de Constantinople, ils travailleraient puissamment à notre profit et au profit des peuples balkaniques par cela seul que cette pensée française paraîtrait occupée de ces peuples. Les hommes publics de ces pays ont été pour la plupart élevés en France, leurs enfans viennent encore y recevoir la haute culture de l’esprit : l’occasion s’offre ainsi à nos maîtres de témoigner leur intérêt non seulement à chaque homme qu’ils forment, mais aux races que ces hommes représentent ; elle s’offre à notre jeunesse de connaître les qualités de ces étrangers, de faire avec eux la communion des espérances généreuses. Il n’en faudrait pas davantage pour donner à la France sur les nationalités des Balkans une influence directrice. Et si nous nous servions de ce crédit pour montrer à toutes un intérêt égal, leur prouver qu’elles ont besoin les unes des autres, et les détourner des compétitions où elles trouveraient une ruine commune, nous rendrions de plus en plus fort l’instinct qui les pousse à assurer leur avenir en se fédérant.

Ce que nous pouvons faire, faisons-le. Les principes dont les races balkaniques se réclament sont les nôtres. Désavouer leur cause serait nous contredire ; gardons une originalité que nul gouvernement ne nous dispute, mais qui nous a conquis notre influence sur le monde, et partout où le droit d’autrui se lève, ne songeons pas qu’étant à autrui il nous est étranger, songeons qu’étant le droit il nous oblige. Pour avoir soutenu en d’autres pays le droit qui lutte dans la péninsule balkanique, nous sommes devenus les victimes des nationalités rétablies par nos soins, mais ce serait mal choisir l’heure que de le renier aujourd’hui. Les nationalités ont épuisé contre nous tout le mal qu’elles nous pouvaient faire, et dans leurs évolutions prochaines elles commenceront à le réparer, parce que le développement logique des nationalités tend à diviser les masses unitaires des grands Etats nos ennemis.

Eussions-nous à espérer seulement les sympathies des quinze millions d’hommes qui occupent un des territoires les plus importans d’Europe pour la guerre et pour la paix, l’avantage vaudrait de n’être pas dédaigné. Mais notre entente avec les peuples balkaniques nous vaudra davantage, et servira de la façon la plus efficace notre politique générale.

Notre premier intérêt est de trouver des contrepoids à la triple alliance. En nous attachant les nationalités des Balkans, non