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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/245

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d’œuvre d’habileté, s’ils n’y avaient par trop souvent mêlé une violence excessive. Autant nous désirons voir cette affaire se terminer enfin, et dans des conditions telles que personne ne puisse la faire revivre, autant ils désirent le contraire ; et ils se préparent déjà à lui ouvrir artistement un certain nombre de canaux de dérivation, par où elle s’écoulera dans un lit nouveau au moment d’abandonner l’ancien. On continuera de dénoncer et de poursuivre le militarisme, sous la forme de représailles à exercer contre celui-ci ou contre celui-là. On le fait dès maintenant, et on met dans cette seconde campagne tout l’entraînement de passion qu’on s’est donné dans la première. La lutte se perpétuera-t-elle donc indéfiniment ? Elle use le pays, mais elle profite à quelques politiciens et elle fait les affaires d’un parti. Ce parti est le parti radical socialiste, qui ne comprend sans doute pas les anarchistes, mais qui les subit souvent et qui essaie quelquefois de s’en servir. Il n’est pas le gouvernement tout entier, mais il y a ses entrées, il y a sa place, il y exerce son influence ; et la question de demain, peut-être même celle d’aujourd’hui, est de savoir dans quelle mesure cette influence doit y être prépondérante. C’est de ce point de vue qu’il faut regarder ce qui se passe, et se machine : alors, on comprend, on s’explique tout ; on aperçoit distinctement les fils de la trame serrée qui se tisse sous l’effort de certaines mains ; et on se demande jusqu’où ce ministère, qui contient après tout des élémens modérés, se laissera entraîner et duper, c’est-à-dire perdre et disqualifier, sous prétexte de mieux sauver la République. Comment croire que les socialistes y soient entrés pour s’y tenir bien sages, et uniquement parce que tous les partis devaient être représentés dans un syndicat dont le seul but était d’assurer la liberté du Conseil de guerre de Rennes, et de liquider l’affaire Dreyfus ? Ce serait très imparfaitement les connaître. Il faut d’ailleurs qu’ils se justifient d’avoir pris leur lot de portefeuilles auprès de leurs amis qui, jusqu’à ce jour, ne leur ont point pardonné, et ils ne peuvent le faire que par la manière dont ils exerceront cette part d’autorité, d’influence et d’action qui leur a été imprudemment attribuée.

Là est le danger vrai de l’heure où nous sommes : nous avons essayé d’en analyser les causes, après en avoir énuméré les plus importantes et les plus récentes manifestations. Ces manifestations sont : la découverte du grand complot auquel on a donné une si large façade, et qui met en cause, avec tant d’accusés, tant de partis divers et opposés ; l’émeute du 20 août qu’on a laissée se produire alors qu’on aurait pu la prévenir, mais dont on n’a pas tardé à prendre peur sérieu-