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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 août.


La quinzaine a été des plus agitées. Nous ne parlons pas du procès de Rennes et des émotions qu’il soulève, nous réservant de le faire quand il sera terminé. Pour le moment, et pour quelques jours encore, il convient de laisser le conseil de guerre à lui-même et d’attendre patiemment son arrêt. C’est à la vérité ce que ne font pas beaucoup de nos confrères, et déjà plusieurs journaux, dont quelques-uns ont l’habitude d’être obéis, demandent des poursuites contre tels ou tels témoins, dont les dépositions n’ont pas été conformes à leurs vues. Cela montre à quel point les esprits sont montés dans certains milieux, et c’est précisément de l’état des esprits que nous voulons nous occuper aujourd’hui. Il a d’ailleurs amené des conséquences immédiates. Le gouvernement, employant toute sa perspicacité dans un certain sens, a, parait-il, découvert un grand complot : en même temps, il s’est laissé surprendre par une émeute. Sur un point de Paris, cantonnée dans une maison désormais historique, la rébellion contre lui semble passer à l’état chronique. Ce sont là des symptômes d’anarchie qui méritent bien quelque attention.

Un complot contre la sûreté de l’État ! Un complot qui relève de la Haute Cour, c’est-à-dire du Sénat, transformé en tribunal politique ! Il faut retourner à dix années en arrière, en plein boulangisme, pour rencontrer un fait analogue. À ce moment, il y avait en effet un complot, et même un attentat en voie d’exécution. Le gouvernement n’a pas eu beaucoup de peine à en découvrir les preuves, car elles étaient patentes, et il a traduit devant la Haute Cour trois accusés, qui d’ailleurs avaient jugé prudent de passer la frontière, et ont été condamnés par contumace. La République a-t-elle couru, même alors, un aussi grand danger qu’on l’a cru ? En tout cas, le danger d’aujour-