Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/578

Cette page n’a pas encore été corrigée


pour avoir trop voulu et aimé la paix, il sera à l’improviste condamné à une guerre terrible, au moment où il n’aura plus l’énergie physique de la conduire.


IX

Dans un discours aux grands corps de l’Etat, l’Empereur expliqua sincèrement les motifs de la paix. Je m’étonne, après ces explications, qu’on se soit donné tant de peine à les chercher : « Lorsque, après une glorieuse campagne de deux mois, les armées française et sarde arrivèrent sous les murs de Vérone, la lutte allait inévitablement changer de nature, tant sous le rapport militaire que sous le rapport politique. J’étais fatalement obligé d’attaquer de front un ennemi retranché derrière de grandes forteresses, protégé contre toute diversion sur ses flancs par la neutralité des territoires qui l’entouraient, et en commençant la longue et stérile guerre des sièges, je me trouvais en face de l’Europe en armes, prête soit à disputer nos succès, soit à aggraver nos revers. Néanmoins, la difficulté de l’entreprise n’aurait ni ébranlé ma résolution, ni arrêté l’élan de mon armée, si les moyens n’eussent pas été hors de proportion avec les résultats à atteindre. Il fallait se résoudre à briser hardiment les entraves opposées par les territoires neutres, et alors accepter la lutte sur le Rhin comme sur l’Adige. Il fallait partout franchement se fortifier du concours de de la révolution. Il fallait répandre encore un sang précieux, qui n’avait que trop coulé déjà ; en un mot, pour triompher, il fallait risquer ce qu’il n’est permis à aucun souverain de mettre en jeu que pour l’indépendance de son pays. — Si je me suis arrêté, ce n’est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que, dans mon cœur, quelque chose parlait plus haut encore : l’intérêt de la France. — Croyez-vous donc qu’il ne m’en ait pas coûté de mettre un frein à l’ardeur de ces soldats qui, exaltés par la victoire, ne demandaient qu’à marcher en avant ? — Croyez-vous qu’il ne m’en ait pas coûté de retrancher ouvertement, devant l’Europe, de mon programme, le territoire qui s’étend du Mincio à l’Adriatique ? Croyez-vous qu’il ne m’en ait pas coûté de voir, dans des cœurs honnêtes, de nobles illusions se détruire, de patriotiques espérances s’évanouir ? — Pour servir l’indépendance italienne, j’ai fait la guerre contre le gré de l’Europe ; dès que les destinées de