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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/574

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le soutenir ; mais réprimez les désordres et les passions démagogiques, et rappelez vos volontaires. — Mais, se hasarda à demander Montanelli, si la Toscane se prononce pour l’annexion au Piémont ? — Elle est impossible, » répondit l’Empereur. Encore un de ces engagemens dangereux pour l’avenir auxquels Napoléon III était trop enclin !

Pepoli eut la permission de télégraphier à Bologne : « L’Empereur a écrit au Pape pour obtenir une nouvelle organisation. En attendant, il m’autorise à vous déclarer qu’il n’y aura d’intervention ni de la France ni de l’Autriche, tant que l’ordre actuel ne sera pas troublé. » C’était une manière de notifier aux Bolonais, sur l’annexion au Piémont, l’impossible qu’avait entendu Montanelli.

L’Empereur, qui avait l’intention de passer deux jours à Turin, en repartit dès le lendemain matin à six heures, accompagné jusqu’à Suse par Victor-Emmanuel et le prince de Carignan. Les souverains s’embrassèrent, mais, à peine dans son wagon, le Roi, délivré des appréhensions que lui causait la présence de l’Empereur à Turin, poussa un long soupir : « Ah ! il est parti ! » L’Empereur laissait, jusqu’à la paix, un corps d’occupation fort de cinq divisions d’infanterie, à deux brigades, sous le commandement du maréchal Vaillant.

Le second acte du Risorgimento était terminé. Dans la vicissitude de force majeure qui l’avait interrompu, Victor-Emmanuel s’était montré supérieur à son ministre. Il avait eu autant de sang-froid, de clairvoyance, d’équité que l’autre avait démontré de fureur, d’aveuglement, d’injustice. J’aurais voilé le lamentable spectacle que donna Cavour en ces jours d’épreuve, s’il n’était du devoir de l’histoire de montrer, pour abaisser la superbe humaine, à quel degré d’inintelligence et de folle passion descendent parfois ceux qu’on appelle grands !


VIII

La paix de Villafranca produisit dans le monde étonnement ou déception. En Russie, on en fut ravi. A la nouvelle des préliminaires, le duc de Montebello se rendit aussitôt à Péterhof. La satisfaction du prince Gortchakof fut complète et sincère. La surprise ne fit qu’augmenter la satisfaction. Le Tsar manifesta avec une vivacité égale à celle de son ministre les sentimens dont