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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/563

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après, elle pénétrait dans la cour du grand quartier général, maison simple, à peu de distance des Arènes. L’aide de camp de service, le prince de Hohenlohe, reçoit le Prince, qui lui explique sa mission. Au bout de quelques minutes, on le fait monter au premier étage, dans un petit salon où entre presque en même temps un jeune homme grand, mince, très blond, avec de fines moustaches, vêtu d’une petite tunique bleu-gris à deux rangées de boutons et d’un pantalon de toile grise : c’était François-Joseph. Il prit la main du Prince avec affabilité et aisance, disant qu’il était enchanté de le voir, et le conduisit dans son cabinet. Là, il s’assied devant son bureau, le Prince se met à côté et lui tend la lettre de l’Empereur. François-Joseph la lit attentivement, laissant paraître sur son visage un sentiment de satisfaction, en même temps qu’un certain embarras. « Je suis enchanté, dit-il, que l’Empereur accepte mes propositions, mais j’ai des observations assez graves à faire sur la rédaction que vous m’apportez. »

Le Prince proposa de lire l’ensemble des propositions, et de les discuter une à une. « Il avait ordre de terminer d’une façon ou d’une autre ; l’Empereur des Français désirait une paix acceptable pour les deux parties, qui mît fin à l’effusion du sang et aux sacrifices de la guerre ; mais, le sort des armes lui ayant été favorable, il entendait profiter de sa position. Si ces pourparlers n’aboutissaient pas, il était décidé à mener la guerre avec plus de vigueur que dans le passé, en se servant de tous les moyens à sa disposition. » Le Prince s’aperçut que ces paroles produisaient un effet pénible sur son interlocuteur ; il s’excusa de ce qu’elles pouvaient avoir de rude et de peu diplomatique ; sa position, son caractère connu, jusqu’à son costume négligé et poudreux lui faisaient espérer que son entière franchise ne déplairait pas. « Oui, dit l’Empereur, j’aime autant cela. J’en ai du reste donné l’exemple à l’Empereur Napoléon III, ce matin, en lui disant nettement ce que je pouvais faire et les limites de mes concessions. »

On commença la lecture des paragraphes et on les discuta mot par mot. Sur la Confédération, François-Joseph dit qu’il n’y tenait pas beaucoup, mais qu’il l’acceptait. Il insista pour enlever le mot honoraire (présidence honoraire du Saint-Père), il ne comprenait pas bien la différence entre une présidence honoraire et une présidence réelle. « Ce serait une source de difficultés à épargner aux plénipotentiaires, parce que, ajouta-t-il en riant, vous savez