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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/558

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moral. L’Empereur sentit qu’il devait s’expliquer avec ses lieutenans. Il les réunit à dîner ; après le repas, il les emmena dans le jardin. La première opération indiquée par la situation des deux armées était le siège de Vérone. « Où en est l’arrivage du matériel ? demanda-t-ii à Lebœuf et à Niel. — Cet arrivage, répondirent-ils, s’effectue aussi vite que possible, mais la plupart des canons rayés étaient au rayage au moment de la formation de l’armée ; il faut attendre encore pour que cet équipage soit en mesure de commencer le siège. — Mais combien de temps durerait le siège ? — D’après nos premières études sur la place, nous estimons quarante-cinq jours. — Quarante-cinq jours, c’est bien long devant l’attitude hostile de l’Allemagne ! » Et l’Empereur fit connaître son intention de négocier plutôt que de continuer une guerre qu’il deviendrait peut-être impossible de localiser. Quelques observations furent présentées, surtout par le maréchal Niel. L’Empereur n’engagea pas une discussion générale ; il prit à part chacun de ses officiers et aux raisons qu’il supposait de nature à agir sur chacun d’eux il ajouta la communication de la lettre récente du ministre de la Guerre touchant la nécessité d’appeler la garde mobile, ressource extrême à laquelle il ne voulait pas recourir.

Le 8 juillet, à la suite d’une longue conférence entre les commissaires des trois puissances, l’armistice fut établi jusqu’au 15 août. « Il ne s’agit, dit le Moniteur, que d’une trêve entre les belligérans, qui, tout en laissant le champ libre aux négociations, ne saurait faire prévoir dès à présent la fin de la guerre. »


III

Le lendemain, arrivèrent les réponses de Pétersbourg [1] et de Berlin sur la négociation dont Palmerston avait été prié de se charger. Gortchakof ne faisait aucune objection ; Rechberg mandait à Palmerston que les propositions transmises [2] étaient

  1. Gortchakof à Kisselef, 7 juillet 1859.
  2. « Piccadilly, 10 juillet 1859. — Mon cher Persigny, lord John me mande que, depuis ma visite à Richmond, il a reçu un billet d’Apponyi, en réponse à la communication faite mercredi par suite de votre mémorandum de ce jour. Le comte de Rechberg le charge de vous dire que les propositions mentionnées dans votre mémorandum sont entièrement inadmissibles. Cela étant, nous différons notre décision jusqu’à ce que nous ayons consulté nos collègues demain. Ces propositions sont-elles faites par l’Empereur seul ou de concert avec la Sardaigne ? Mille amitiés. — Palmerston. »