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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/481

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nous paraît tellement contraire à l’honneur et à la dignité du pays que nous en avons repoussé l’éventualité. » Peut-être aurait-il mieux valu laisser la Chambre repousser elle-même toute proposition de ce genre. Mais l’aurait-elle fait ? Le général Pelloux avait sans nul doute quelque inquiétude à ce sujet. Il a cru, en tout cas, puisqu’il l’a dit, que le gouvernement était meilleur juge que la Chambre de ce qui convient à l’honneur et à la dignité du pays : mais que va-t-il faire, et quelles mesures a-t-il prises pour défendre ces intérêts sacrés ? Il a avoué, dans une autre partie de son discours, qu’une importante minorité parlementaire était hostile à sa politique chinoise, et que, si cette politique triomphait, ce ne serait qu’à une faible majorité. Quand il parle ainsi, un chef de gouvernement laisse entendre davantage, et le général Pelloux a laissé entendre qu’après avoir engagé l’Italie en Chine, il ne lui permettrait pas de reculer. Il a reconnu d’ailleurs que tous, hostiles ou favorables à la politique du gouvernement, désapprouvaient la manière dont elle avait été conduite. L’amiral Canevaro avait eu en effet le tort de croire qu’une fois parti, il entraînerait l’Angleterre à sa suite plus loin qu’elle ne voulait aller, alors qu’il aurait été plus prudent de se demander si elle irait aussi loin qu’elle l’avait promis. Il a été la victime de cette illusion qu’il s’est faite à lui-même. Nous ne savons pas ce que fera ultérieurement l’Angleterre, mais jusqu’ici sa résolution est restée inébranlable. Sa promptitude à mettre son agent en congé permet de supposer deux choses : d’abord que l’Italie est disposée à aller au delà des moyens diplomatiques, si ces moyens continuent d’être inefficaces ; en second lieu que, pour son compte, l’Angleterre en désavoue d’autres et ne veut s’y associer à aucun degré. Elle a ses intérêts propres en Extrême-Orient, et les fait naturellement passer avant ceux de l’Italie. Sa politique consiste à ménager le gouvernement chinois, car elle a besoin de sa bonne volonté. Pour le but qu’elle poursuit, les négociations lui ont suffi jusqu’à ce jour. Pourquoi userait-elle au profit des autres de moyens d’action dont elle n’a pas usé pour elle-même, et qui mettraient la force à la place de la diplomatie ? Si l’Italie veut imiter à San-Moun ce que les Allemands ont fait à Kiao-Tchéou, l’Angleterre ne s’y opposera pas sans doute, mais elle la laissera faire à ses risques et périls.

Les choses étant ainsi, l’amiral Canevaro aurait probablement mieux fait de ne pas engager son pays dans une affaire où il risquait de se trouver isolé au moment décisif, et de se voir abandonné par son meilleur ami. C’est ce qu’on a senti, à Rome, et ce qui a amené la disgrâce de M. le ministre des Affaires étrangères. Dès les premiers mots qu’il a