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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/38

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colonnes (22 000 hommes) sous Stadion, avec ordre de l’enserrer par un mouvement concentrique. La colonne de gauche dessine le mouvement offensif plus rapidement que les deux autres ; elle prend Montebello et s’avance jusqu’à Genestrello, malgré la ténacité de la cavalerie piémontaise. Forey est prévenu à midi et demi à Voghera : il est surpris par une attaque, à n’en pas douter, formidable. Un pusillanime, ou même un brave de tempérament défensif, ou un savant se serait replié. Lui, ne délibère pas un instant ; il ne s’inquiète pas de savoir s’il a devant lui peu ou beaucoup de monde. Il est attaqué : il répondra en attaquant. Et ce n’est pas une témérité, car, derrière lui, il sait des renforts en état d’accourir pour le soutenir ou le dégager. Il réunit ses forces, et, au pas de course, se précipite sur la brigade de tête de l’ennemi. Il l’étonné, l’arrête, le culbute, le rejette de Genestrello sur Montebello. Là, l’obstacle se hérisse en crêtes abruptes, fortifiées, défendues par une nouvelle brigade toute fraîche. Il descend de cheval, l’épée à la main, se place sur la ligne des tirailleurs et crie : « En avant ! » — Le village est emporté à la baïonnette. Mais l’obstacle se fait encore plus menaçant : c’est le cimetière, monticule couvert de canons. Forey se retourne vers ses soldats : « Allons, mes enfans, suivez votre général ! » Et il continue en avant ; le général Beuret tombe mortellement frappé à ses côtés ; il ne s’arrête pas. Qui ne suivrait un tel chef ? Le monticule est escaladé, le cimetière enlevé. Stadion, ayant encore sous la main 13 000 hommes de troupes fraîches, bat en retraite. Les ennemis avaient eu 14 000 combattans, nous à peine 7 000. Ils crurent que nous étions 40 000. Dans cette journée, tout le monde fit son devoir aussi bien que Forey ; le général français Blanchard, le Piémontais De Sonnaz se montrèrent admirables. Un bataillon d’Autemarre, quoique n’étant pas sous les ordres de Forey, était accouru au feu ; Bazaine fit de même. A ce premier engagement, l’armée française se montra dans toute sa beauté héroïque traditionnelle. Elle savait encore que l’audace, l’audace quand même, est presque toujours le salut, et elle pratiquait chevaleresquement la coutume d’accourir au feu d’un camarade en péril. Jeunes officiers, quand reviendra le jour où l’on peut gagner de la gloire sur le champ de bataille, rejetez le fatras pédantesque que n’ont jamais connu ni Napoléon, ni Masséna, ni Lannes, ni Davout, sous lequel on étouffe la spontanéité intuitive du bon sens, le seul maître de l’art militaire, mais retenez, pour vous inspirer, quelques exemples