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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/378

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ces dévouemens modestes et quotidiens, ces sacrifices minimes et incessans qu’exige l’œuvre d’éducation. Châtier son langage, modifier son genre de vie, renoncer à ses plaisirs habituels, constitue pour eux des efforts surhumains. Aussi l’externat ne pourra-t-il apporter une solution à nos difficultés pédagogiques qu’autant qu’une réforme préalable des mœurs aura préparé le terrain. De telles réformes ne se décrètent point. Elles sont très lentes à s’opérer, si lentes qu’on ne les aperçoit souvent que lorsqu’elles sont près de s’achever.

Mais, quand bien même la France serait dans ce cas, quand bien même les changemens désirables y seraient déjà accomplis, l’externat, pour la raison que j’ai indiquée plus haut, aurait une tendance à s’appuyer sur l’autorité plutôt que sur la liberté. Ce qui me paraît, en Hollande, si nouveau et si remarquable, c’est la façon dont le chef de famille comprend l’externat et en tire parti ; c’est l’émancipation graduelle de ses fils s’opérant sous son toit, sous sa direction, par ses soins ; ce sont la possession de soi-même, la sûreté de jugement, le calme viril dont il donne les preuves en entreprenant une pareille œuvre et en la menant à bien. Rien ne prouve davantage à quel point le Hollandais est épris de la liberté, à quel point il en a le préjugé, si l’on peut ainsi dire : rien ne fait mieux son éloge comme homme et comme citoyen.

Il n’est pas inutile, à propos de l’externat, de se demander d’où provient sa popularité, qui est générale en Hollande. (L’un des rares pensionnats laïques qu’on trouve dans le pays, et à coup sûr le mieux organisé et le plus important, celui de Northey, ne renferme pas quarante élèves.) Sans doute l’externat répond aux instincts nationaux ; son succès néanmoins tient à d’autres causes : en particulier, à l’organisation des écoles élémentaires, qui, jusqu’à onze ou douze ans, pourvoient seules à l’instruction de la jeunesse, comme aussi à la petitesse du pays où les communications sont encore facilitées par des moyens de transport multiples et rapides. On a toujours une école élémentaire, presque toujours une école moyenne, souvent un gymnase à sa portée. Dès lors, quoi de plus naturel que de garder ses fils auprès de soi ? Il y a encore la question confessionnelle, toujours étroitement liée à celle de l’externat. Partout où la première de ces questions est résolue ou éludée, la seconde perd beaucoup de son acuité. L’unité religieuse n’existe pas en Hollande plus qu’ailleurs. Indépendamment des catho-