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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/377

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l’éducation en hollande.

laisser ainsi désarmée à l’âge où toutes les séductions se coalisent contre elle. Le jeune homme auquel on ne rappelle même pas que le temps presse et que son instruction n’est pas achevée est, après tout, assez excusable de l’oublier.

Mais combien cette lacune voulue dans les règlemens est suggestive ! Elle implique une foi en l’action de la liberté, une crainte d’empiéter en quoi que ce soit sur les droits de la conscience, un souci de ne pas entraver le développement naturel de la plante humaine qui n’existent à un pareil degré chez aucun peuple, même pas chez les Anglo-Saxons. Et j’en viens à penser qu’effectivement la Hollande est une république, que peut-être même elle est seule à pouvoir, dans l’Europe continentale, se réclamer du principe républicain, en tant qu’il a pour fin idéale d’assurer à l’individu un maximum de puissance et de liberté. Cela paraît, à la réflexion, d’autant plus frappant que la forme sous laquelle s’y donne l’éducation publique, — je veux dire l’externat, — est en soi la moins favorable à de pareilles tendances. Le maître peut être enclin à l’autorité, parce qu’elle facilite et simplifie ses fonctions. Mais le père et la mère y sont encore plus enclins que lui, parce que l’autorité est, à leurs yeux, une prérogative normale. Non seulement ils obéissent en l’exerçant à un instinct légitime, mais leur tendresse agit dans le même sens ; elle les presse à tout moment d’intervenir et la présence permanente des enfans facilite l’intervention. Pour eux, la tentation est continuelle de diriger des êtres qu’ils chérissent et qui dépendent d’eux, de les protéger, de leur éviter toute décision, toute incertitude, toute responsabilité.

C’est même là ce qui, à mon avis, empêchera l’externat de donner, en France, les résultats favorables que beaucoup de personnes en attendent. Nous sommes trop nerveux, trop excitables pour bien remplir la tâche pédagogique que l’externat réserve à la famille. L’habitude de la sévérité ne serait qu’accessoire ou, du moins, ce n’est pas envers les enfans seulement qu’il la faudrait pratiquer. Il ne suffit pas, en effet, pour les bien élever, de savoir leur refuser quelque chose : il faut, avant tout, savoir se refuser à soi-même quelque chose à cause d’eux. Ceci est l’alpha et l’oméga de l’éducation par l’externat, et rien n’est plus contraire aux tendances et aux usages du peuple français. Les parens, chez nous, sont susceptibles de dévouemens exemplaires, de sacrifices admirables envers leurs enfans, mais on ne pourrait obtenir d’eux