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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/376

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un professeur, si je ne me trompe, qui l’a organisé et le dirige ; plusieurs de ses collègues l’y aident. Or les étudians ne participent en rien à son fonctionnement et se désintéressent de ce qui s’y passe. Ils font partie de sociétés nombreuses et variées dont beaucoup ont un but plus ou moins futile. Certains snobismes régnent parmi eux, en dehors même du cercle étroit des jeunes gens riches. Ils donnent des fêtes. Tout dernièrement ceux de Delft ont célébré leur cinquantenaire par une cavalcade originale. Ils témoignent, en ces circonstances, d’un esprit de corps, d’un entrain, d’une facilité à s’associer que l’on regrette de ne pas voir s’appliquer à des objets d’un ordre plus élevé.

Bref, tout en eux implique une brusque détente, une crise qui suit leur entrée dans l’université. Quelques-uns y échappent ; d’autres dévient. Pour la plupart, ce n’est qu’un arrêt dans le développement viril, un ébranlement dont ils se remettent très vite, des forces gaspillées et un peu de temps perdu. Le phénomène mérite néanmoins de fixer l’attention parce que rien, dans l’existence de l’écolier et du collégien, n’explique cette défaillance de l’étudiant. Nous avons vu que le jeune Hollandais savait user de la liberté qu’on lui laisse. Il nous a lui-même donné une preuve non équivoque de sa fermeté de caractère et de sa raison précoce. D’autre part, le milieu universitaire est sain. On conçoit que le lycéen français, « déraciné, » et soudainement transporté dans le grand désordre de Paris en soit profondément troublé. Utrecht, Delft et Leyde ne peuvent produire le même effet sur les étudians qu’on leur confie. À peine la « capitale » le pourrait-elle, et précisément, c’est à Amsterdam que l’on travaille le mieux et que la crise se fait le moins sentir. Dès lors, comment expliquer son existence, sinon par l’absence dangereuse de toute contrainte ? Bien préparé et bien entouré, l’étudiant hollandais se trouverait placé dans les meilleures conditions possibles si, par un respect exagéré de son indépendance, on n’abaissait pas autour de lui toutes les barrières à l’heure où il est le plus nécessaire de les maintenir. Voici longtemps que Taine, dans ses Notes sur l’Angleterre, a signalé la prudente conduite des Anglais qui veulent que l’étudiant soit moins libre à proportion que ne l’est le collégien. Ce génial illogisme excitait son admiration. L’exemple de la Hollande vient à l’appui. Quels que soient le tempérament national et l’entraînement préparatoire, jamais l’étudiant ne pourra supporter l’émancipation totale. C’est trop exposer notre faiblesse que de la