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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/365

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l’éducation en hollande.

Une forte surprise attend, au seuil même de l’école élémentaire, l’étranger qui veut en analyser le mécanisme. Il s’aperçoit en effet qu’elle se divise en quatre sections ou classes correspondant… à la fortune des parens. La première est gratuite ; dans les trois autres, la contribution scolaire va croissant, le programme demeurant le même, sauf l’addition du français pour les classes payantes. Voilà certes une conséquence inattendue de l’impôt sur le revenu ! Mais elle semble ne choquer personne. Je revenais un soir, — il y a une douzaine d’années, — du Helder vers Amsterdam ; dans mon compartiment, était monté un officier, avec lequel je liai conversation. Entre autres choses, je lui demandai s’il y avait, dans son pays, beaucoup de partisans de la forme républicaine. Il demeura quelques instans sans comprendre. « Mais nous le sommes tous ! s’écria-t-il enfin ; la Hollande est une république. » L’écolier hollandais est pénétré de cette vérité, lui aussi ; seulement il n’aperçoit pas pour quel motif, dans une république où les citoyens ne sont pas tenus d’avoir tous le même chiffre de fortune, chacun ne paierait pas, pour l’éducation de ses enfans, en proportion de ses ressources. Je ne recommande pas ce système ; il me paraît médiocre en soi ; chez nous, du reste, comme chez d’autres peuples dont il blesserait les susceptibilités, ses résultats seraient détestables. Il n’en est pas moins vrai que l’existence d’écoles élémentaires de classes différentes, parfois réunies dans le même bâtiment, implique de la part de la jeunesse qui les fréquente une intelligence précoce des réalités de la vie et une certaine force de caractère : autrement le système ne pourrait pas fonctionner.

S’il en est ainsi, c’est que l’influence de la famille s’est déjà exercée dans le même sens, avant l’âge de l’école élémentaire et qu’elle continue d’être efficace pendant toute la première période de l’éducation publique. Cette période est longue ; elle assure le développement normal du jeune garçon, lui épargne les dangers d’un surmenage prématuré et réalise, nous venons de voir au prix de quelle restriction inégalitaire, cet idéal démocratique d’une base de savoir unique, la même pour tous. Ce sont là de grands avantages ; mais le principal est encore de laisser à l’action familiale le temps et le moyen d’opérer. La famille est, en Hollande, plus vigoureuse qu’en France et plus unie qu’en Angleterre. Les distances sont mieux gardées, l’autorité du père plus intacte, les liens du sang plus respectés. La tendresse, chez nous, dégénère facilement