Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/342

Cette page n’a pas encore été corrigée


VII


Supposons encore Napoléon Ier à la tête de cette armée victorieuse. Il disposait de 110 000 hommes dont 63 200 n’avaient pas été engagés la veille ; Giülay n’avait sous la main, par suite de la retraite de sa droite sur Milan, que 80 000 hommes démoralisés et fatigués par la défaite. Dans cette situation est-ce aux ovations de Milan qu’aurait couru le grand capitaine ? Se serait-il occupé d’autre chose que d’achever l’armée de Giülay, d’opérer avec toute la sienne la poursuite qui n’avait pas été possible le soir de la victoire, de provoquer une nouvelle rencontre qui eût probablement mis fin à la guerre ? Napoléon III n’ordonna aucune poursuite, et Giülay, étonné de n’être pas inquiété, tournant de temps en temps la tête pour voir s’il n’est pas suivi, gagne tranquillement l’Adda. Le 7 au soir, il avait mis à l’abri toutes ses troupes, sauf une brigade laissée en arrière à Melegnano.

Dans la journée du 7, les gens du pays informaient notre état-major de la présence de ce corps autrichien à Melegnano. L’Empereur ordonna de le débusquer. Il paraissait naturel de confier l’opération aux corps les plus rapprochés, ceux de Niel et de Mac-Mahon ; on en chargea le plus éloigné, Baraguay d’Hilliers, bivouaqué à San Pier d’Olmo, au-delà de Milan, probablement pour lui fournir l’occasion de se distinguer qu’il n’avait pas eue à Magenta. Mac-Mahon fut placé sous ses ordres, et Niel chargé de l’appuyer. Seize brigades furent mises en mouvement contre une ! Baraguay d’Hilliers, parti à quatre heures du matin de San Pier d’Olmo, n’arriva à Melegnano que vers cinq heures du soir retenu par les encombremens des convois. En route, il avait convenu avec Mac-Mahon que son corps, divisé en trois colonnes, attendrait à bonne distance de Melegnano que Mac-Mahon eût gagné par un mouvement tournant la route de Lodi en arrière de la ville, et fermé toute retraite aux Autrichiens. — « Vous verrez qu’il ne m’attendra pas, dit Mac-Mahon à Lebrun ; il est trop impatient de faire son coup. »

C’était bien deviner. Le mouvement de Mac-Mahon fut, il est vrai, plus lent à exécuter qu’on ne l’avait cru ; le pays était entrecoupé de canaux d’irrigation surplombés de chaussées ; une pluie torrentielle tombait ; on avait à traverser à gué une rivière. Baraguay n’attendit pas même que ses deux colonnes de flanc fussent