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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/340

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L’Empereur, qui était resté assis, ne s’arrêta pas à une discussion inutile et sans dignité ; il répondit froidement : « Sire, lorsque l’on doit opérer une jonction devant l’ennemi, on exécute strictement ses instructions et l’on tient ses engagemens ; je regrette que Votre Majesté ne l’ait pas fait. » — Le Roi demanda à être placé à l’avant-garde à la prochaine affaire et il regagna son quartier général [1].


VI

Le succès de cette bataille décousue, incohérente, conduite au hasard, est dû à la vaillance sans doute, plus encore à l’esprit d’initiative offensive. Il n’appartenait qu’au commandant en chef d’imprimer ce caractère à l’ensemble des opérations : les officiers de tout grade, comme les soldats, firent d’instinct de cette offensive la règle de la tactique du champ de bataille ; chacun à son rang, sans attendre les ordres, alla toujours de l’avant, sans regarder ni en arrière ni de côté ; c’est pourquoi ils vainquirent.

Ils furent aidés, il est vrai, puissamment par l’artillerie rayée de l’Empereur, dont la supériorité sur les canons à âme lisse des Autrichiens se démontra d’une manière foudroyante. Elle porta le désordre même dans les réserves qui ne prenaient point part au combat, préparant la défaite par la démoralisation. Cette nouvelle artillerie fut employée avec un à-propos de coup d’œil et de décision supérieur par le général Auger au 2e corps et par le général Lebœuf au Ponte Vecchio. Regnault de Saint-Jean-d’Angély dit de celui-ci : « Bien que le général Lebœuf ne soit pas sous mon commandement, je manquerais à un devoir si je ne signalais pas l’énergique assistance que cet officier général m’a prêtée en dirigeant le feu de mon artillerie pendant le plus chaud de l’action. Son zèle seul l’amenait au milieu de nous : c’est un officier qu’on est sûr de rencontrer partout où se présente le danger [2]. »

Si les Autrichiens avaient su comme nous se déployer en chaîne épaisse de tirailleurs, agir d’une manière indépendante et libre, profiter des accidens du terrain pour s’abriter et bien ajuster, s’avancer ou se replier avec rapidité, ils seraient parvenus, par un emploi judicieux de leur fusil, supérieur au nôtre, à

  1. Je tiens ce récit du maréchal Lebœuf, présent à l’entretien.
  2. Rapport de Regnault de Saint-Jean-d’Angély.