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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/336

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course. Une immense acclamation les accueille, le combat est rétabli. La redoute du Ponte Nuovo dégagée, le pont repris, Picard se porte vers le Ponte Vecchio, contre le mouvement tournant qui menace du côté d’Abbiategrasso. Les Autrichiens jettent de nouvelles forces dans le combat, 16 000 hommes à peu près, et cette fois encore, tout semble perdu. Mais voici, arrivant au galop, le général Niel et la division Vinoy. La situation n’en restait pas moins terrible, lorsque enfin le canon, muet depuis plus de deux heures, se réveille et envoie dans tous les cœurs un souffle d’espérance (quatre heures et demie).

Pourquoi ce canon, après avoir parlé, s’était-il tu ? Pourquoi l’entendait-on de nouveau ?


IV

Pendant que La Motterouge attaquait Buffalora et entraînait l’Empereur à s’engager, le chef d’état-major de Mac-Mahon, le général Lebrun, distingue, du clocher de Cuggiono, des troupes d’ennemis en marche ; il leur suppose le dessein de se glisser dans l’espace libre entre nos deux divisions et de les séparer ; il conseille à Mac-Mahon de rappeler La Motterouge de Buffalora jusqu’à ce qu’on ait rapproché Espinasse. Le général Auger, commandant de l’artillerie, officier du plus grand mérite, appuie l’avis de Lebrun. Aucun doute qu’Espinasse ne doive être rapproché, et un officier lui en porte l’ordre ; mais interrompre le combat, revenir en arrière, Mac-Mahon ne peut s’y résoudre ; l’armée du Roi le suit et, avec son aide, il se sent en état de déjouer la tentative des Autrichiens. Dans cette incertitude survient Della Rocca, le chef de l’état-major du Roi ; il raconte que deux divisions seulement, celles de Durando et de Fanti, viennent de traverser le pont de Turbigo ; qu’il est obligé de retenir celle de Durando dans la prévision d’une attaque de l’Autrichien Urban ; que Fanti, retardé par l’entassement des bagages, n’avance que difficilement : Mac-Mahon n’a plus à compter sur ce concours. Il ne cache pas à Délia Rocca son désappointement. La nécessité le contraint alors à suivre les conseils de Lebrun et d’Auger : il rappelle La Motterouge (deux heures), et à la canonnade, à la fusillade succède le silence lugubre qui porte à San Martino l’étonnement et l’angoisse.

Alors commence un drame poignant. Le canon de l’Empereur